lundi 3 février 2025

Déjà-vu

Je relis mes textes d'il y a dix ans. J'ai oublié tant de choses. J'ai tellement oublié ce que je ressentais il y a dix années que je découvre avec une surprise totale que je vivais déjà la même injustice à l'époque. Les mêmes épreuves et coups du sort. 

Ces hommes désolés de ne pas être capables de me donner l'amour que je méritais. Parce qu'ils en étaient dépourvus, cassés, brisés par la vie ou par un précédent espoir.
Moi qui romps les histoires alors que je suis clairement en train de me faire larguer. 
Et puis les autres hommes, qui disparaissent du jour au lendemain alors que tout était génial. 
Maintenant que je relis, leurs mots se rejoignent. Ils ont tous fuis par peur de l'intensité que j'éveillais en eux. A chaque fois, ils se sont sentis fascinés, et au lieu de profiter de la connexion, ont préféré s'en protéger. A chaque fois. 

Je vis inexorablement des relations avec des hommes incapables de m'aimer.
Et les hommes pour qui la rencontre fait naître une flamme malgré eux choisissent de s'en éloigner.

La vie est une pute ou quoi ? 

On est d'accord que c'est pas censé se passer comme ça à la base ? 

Est ce que je suis encore à l'âge où ma trajectoire d'existence peut drastiquement changer la donne ? 

Je sais pas. 
C'est triste.

Et ce qui est fou dans tout ça, c'est que je peux pas m'empêcher de ressentir envers toi cet émoi de mes vingt ans. Comme si je ne m'étais jamais découragée. Comme si j'étais toujours aussi forte, candide et insouciante. Comme si la douleur se contentait de me traverser sans jamais me cueillir. 

Je suis en train de tomber amoureuse toute seule, parce que tu n'es pas là pour le voir. 
Au point où je suis en train de me dire qu'une journée sans toi est une journée dans ma vie de perdue. Que c'est une journée qui n'a plus de sens. Que c'est du temps et des occasions que je gaspille sur la courte durée de mon passage sur Terre, à ne pas évoluer en ta présence, à ne pas grandir avec toi, partager l'expérience et les souvenir, et les projets, et...

Et je le sais. Tu vas t'enfuir, comme les autres. Surement. 
Je t'avais prévenue de l'éventualité.
Mais prévenir ne prémunit pas du résultat.
Je le sais.

Qu'est-ce que je peux y faire.




jeudi 2 janvier 2025

Famine

Je me souviens, ta voix m'a parlé tout de suite. 
Ton timbre, je ne pouvais pas ne pas te faire la remarque. Tu sonnes particulier. C'était intriguant. Tu vois, je n'ai peut-être pas les images en mon cerveau mais je me fais des orgies du ton que tu emploies, ta manière de poser les syllabes, la douceur du chant que tu projettes. Au son de ta voix, j'ai eu envie de te connaitre. Alors quand tu m'écris :

"Je te jure, parfois je relis les textes que tu as modifiés et je reconnais tes tournures de phrase. Et du coup je les lis avec ta voix. Puis je me dis que je suis complètement fou, donc je vérifie le document initial, et à chaque fois, le passage vient de toi."

...je me convaincs qu'on est probablement fous ensemble. 

J'ai envie de t'aimer si fort. 

J'ai envie d'y mettre tout ce que je n'ai pas pu donner durant toutes ces années. C'est horrible parce que j'ai accumulé un torrent d'amour à déverser et tu vas te faire embarquer par le courant, c'est sûr. Je ne veux pas te noyer mais. En fait si, je veux te noyer. T'inonder de ce que je ressens dans le présent. Je veux te submerger de toutes ces choses que tu fais naître en moi. 

Il y a de fortes chances que tu prennes peur comme les autres.
Malgré mes mises en garde. 
Que ton envie de tout envoyer valser pour moi te fasse flipper encore, malgré mes tentatives de te faire comprendre qu'on n'a rien besoin de détruire pour être heureux ensemble. 

Bien sûr que j'ai envie de t'aimer partout et en toutes circonstances. 
Mais je saurai me contenter de t'aimer juste. Dans la place qu'il me reste. Dans celle que tu me feras. Si tu es capable de rester honnête. Si tu te sens la force de m'assumer. Je veux simplement, la possibilité d'exister dans ta vie, parce que tu as déjà laissé ton empreinte dans la mienne. 

Je ne t'oublierai pas, comme je n'ai jamais oublié les hommes qui m'ont marquée de cette teinte là. 
Ils hantent encore mes rêves, bien qu'ayant décampé sans crier gare. C'étaient des lâches des sentiments, mais je n'arrive pas à vraiment leur en vouloir. Et c'est ce qui me perdra surement. 

Je te l'avoue, je n'ai pas l'intime conviction qu'ici il en sera autrement. Je ne crois plus en un destin favorable à l'amour. Mais tant pis. Je crève de le vivre. 

Je me contenterai des restes le temps qu'il faudra. 

mardi 17 décembre 2024

Charte en ébauche

Juste, je voulais pas aller dormir sans garder ça quelque part en mémoire. 
J'ai mis du temps à redescendre.
La douceur de ta voix. Cette douceur là qui prononce ces mots là.
- "Quand je suis avec toi, il n'y a pas un seul instant où je n'ai pas envie de te toucher."
Comme tu t'ouvres. 
- "Et comment on ferait en réunion pour qu'ils ne s'aperçoivent pas que j'ai besoin constamment de poser les yeux sur toi ?"
La phrase n'est peut-être pas exacte mais le contenu y est. Observer tes yeux pétiller quand je te raconte ce qu'il se passe tout au fond. Je le vois que tu te retiens de sourire. J'ai la même expression quand je me sens particulièrement connectée et en phase, et ce sourire, ça en est un de surprise. Tu me le diras ensuite, que cette partie là de mon récit t'as profondément touché. 
Je me souviens de nos mains quand tu comptais jusqu'à trois parce que je te demandais trois secondes pour assembler le fil de mes pensées. Je masquais ta main avec la mienne pour ne pas me déconcentrer mais, quand le trois s'est délié avec les doigts, ta main s'est ouverte, et il n'y avait plus que ma main au dessus de la tienne, et la furieuse envie de l'enlacer. Je crois que tu l'as senti aussi. Je crois finalement, que rester juste en face, ou à côté, est un sujet. Que c'est un effort, une intention consciente. Parce qu'instinctivement, tu as peut-être raison, c'est une lutte contre ces secondes perdues loin de toi. 

Tu m'avais prévenu de l'éventualité, mais on s'est aussi vraiment serré dans les bras pour la première fois. Les traces de ta paume contre ma colonne sont restées chaudes longtemps après ton passage. J'ai l'impression que tu es fou de moi. Depuis si longtemps, j'ai l'impression que tu m'aimes comme je pourrais t'aimer. Je t'en sens capable, mais tout est encore prématuré. 

Tu as raison sur ce point aussi, on n'aurait pas eu de contrainte, on aurait probablement passé radicalement tous nos jours ensemble. Et le fait de savoir que sur ce point, tu es aussi fou que moi, est une information qui m'apaise. 
Toi, tu as dit que cette conversation t'avais fait énormément de bien. Je suis contente, au moins, que tu ne regrettes pas cet effort là. 
Moi, je t'ai dit que ça me faisait bizarre. Parce qu'alors, c'était une déchirure de te voir partir. 

J'ai réclamé "encore" sur le pallier de la porte avant de t'enlacer à nouveau de toutes mes forces. J'ai pensé m'enivrer de l'odeur de ta nuque mais je n'ai pas voulu te manquer de respect. On s'est ensuite échappés de nos bras mutuels mais nos visages étaient si proches, alors tu as posé un baiser sur mon front avant de prendre la direction des escaliers. Tu ne voulais pas partir, je ne voulais pas que tu partes. Ces escaliers étaient un terrain de déception et d'ennui qu'il fallait se forcer à emprunter pour ne pas rester en marge, mais même après avoir fermé ma porte derrière toi, il m'a semblé une éternité avant que tu ne te décides à véritablement les descendre, et tout ce temps, à me retenir de te rappeler, de te sauter dans les bras, de m'abandonner totalement à cet élan qui hurle que je ne suis bien qu'avec toi, c'est faux, c'est faux en plus je le sais, mais tes départs, à chaque fois.

Tes départs me creusent le bide. 

lundi 2 décembre 2024

Mon sang de mes veines

Tu m'appelles "mon sang".
C'est marrant comme le "mon" se transforme en "le" dans les conversations publiques. 
Toi et ta manie de mettre de la tendresse dans les vannes les plus pouilleuses.

Je te ressens si fort. 
Ces derniers temps, mon cœur est constamment serré. 
J'ai besoin le soir de rentrer seule chez moi parce que ma phase d'endormissement t'appartient. Parce que j'ai besoin de cette heure là d'intimité pour exorciser mes élans. "Mon sang". On dirait un mot doux entre tes doigts. Tu peux pas savoir à quelle point être tienne à un endroit du vocabulaire me rend mièvre et duveteuse. Tes rappels me font fondre, tes attentions aux détails. Je sais que tu te couches avec moi.
Tu m'inondes de petits "hello" dans chaque recoin du quotidien. Pour dire que t'es là. Indirectement, pour ne pas que je t'oublie. 

Mais t'es tout le temps là. 

Tu ne sais pas comme ça se matérialise physiquement en moi. Ta présence a une masse. 
Et je n'imagine même pas dealer avec ton absence. 

Est ce que je suis en train de me faire mal ? 

T'as mis des chansons dans mon cœur. 
Mais.
C'est quoi la suite ? 
Est-ce que tu te sens comme moi ?
Toi aussi, tu vas finir par exploser de tout ce que tu retiens ? 


jeudi 28 novembre 2024

Un semblable

Qu'est-ce qu'il se passe en moi ? 
Je me sens sotte. Cette impression étrange de ne pas arriver à rassembler mon esprit dans ce genre de situations, répétées, perpétuelles, qui forment une boucle intemporelle sur mon chemin de vie, inlassablement. Je ne comprends même pas. Je suis pourtant bien là, je n'ai certes pas le beurre et l'argent du beurre et certes, on ne peut pas tout obtenir, et je trouve ça déjà largement suffisant, mais alors ?
Pourquoi je reprends ces mêmes schémas ? Pourquoi je revis les histoires ? Mon esprit m'échappe et je me retrouve à nouveau en mon cerveau durant des heures, immobile, à penser à toi.

A penser à un toi éthéré, au visage flou mais au timbre de voix inoubliable. Je nous imagine nous toucher, et mon mental se met sur pause lors d'un temps impalpable. Et je me réveille, de mes échappées belles en pleine journée, en me demandant où j'avais pu bien être, tout ce temps déconnectée de la vie, pour entrer dans la tienne. On ne s'est vus que deux fois, les deux fois, je me suis dit, physiquement rien ne passe, rien n'est inspirant, tu es à mes yeux un mystère d'insignifiance et pourtant, quand tu t'en vas, mon corps se met en pause et ma tête instantanément divague sur tes lèvres, tes mots, ton corps...c'est incompréhensible. Tout ce que je sais c'est que quand tu es là, je ne veux pas que tu partes.

C'est toujours le même frisson je pense. Toujours le même, dirigé vers le même type de personne. 
Un semblable. 
Quelqu'un qui pourrait me comprendre sans faire d'effort, parce qu'il est comme moi.
Je n'ai jamais cessé de rechercher l'espèce à laquelle j'appartiens. 

Je crois qu'on se repère.
Souvent, qu'on se fonce l'un sur l'autre. 

Et ça ne dure jamais. Et c'est ce qui est frustrant, ces gens là finissent toujours par disparaitre comme ils sont arrivés. Sur un malentendu ou un coup du sort, par miracle ou par mégarde, qu'importe, c'est d'un coup brut.

Et ça me dévaste.

Il est 03h30, mes yeux se ferment tout seul. Mais je voudrais te dire, Anne. T'imagines que c'est de l'amour. Tu rêves d'une forme absolue d'union, où chacun se sait et se reconnait. Mais c'est juste de la fascination. Toi t'as pas spécialement d'intérêts restreints, de passions ultimes qui recouvreraient toutes les autres aspirations non, toi, t'as des fascinations pour certains profils qui se transforment en obsessions, où leurs paroles deviennent ton air, leur voix ton rythme, où il te faut leur matière comme combustible pour alimenter ta journée, même si c'est anecdotique, il faut, que tu aies un peu d'eux partout où tu vas, comme un doudou, ces gens qui ne se douteraient jamais de l'effet qu'ils te font, même si maintenant, tu ne te retiens plus vraiment de leur balancer ta curiosité morbide.

Le plus bizarre dans cette affaire, c'est qu'ils répondent quand même souvent. C'est que tu lances des invitations beaucoup trop anticipées, déplacées, mais qu'ils se démènent pour trouver des raisons de venir. Qu'ils te déballent tout de suite l'objet de leurs secrets les plus intimes et qu'ils laissent filer le temps à nos guises malgré les programmes et les rendez-vous. Et quand soudain, bien que ça ne fasse que quelques heures qu'ils t'aient dit au revoir, leur absence devient insoutenable, tu reçois des messages qui te disent merci. Tu es la dernière chose qu'ils voulaient exprimer avant de s'effondrer de sommeil et là encore, ils reprennent quelques heures sur Morphée pour s'ouvrir davantage et s'endormir en pleine conversation dans tes bras métaphorique à toi, finalement.

Alors, ce n'est peut-être pas de l'amour. C'est l'euphorie de la découverte. L'impatience du partage. Mais c'est quand même rassurant de sentir son coeur se mouvoir de la sorte.

dimanche 10 novembre 2024

La vertu a un goût amer

Ce soir je reprends corps avec mes mots parce que je crois qu'il faut que ça sorte. 
Je ne sais pas comment expliquer tout ce chemin que j'arpente pour construire pierre après pierre les fondations de mes jours heureux. Chaque matin, à me demander si je fais les bonnes choses, ou du moins, si je fais les choses pour les bonnes raisons. Est-ce que mon contact avec la vie est sain ? Mes échanges avec les autres les rendent-ils globalement plus lourds ou plus légers ? Avec soin, je prends du temps à intégrer des réflexes émotionnels justes, qui n'éclaboussent personne de mon égocentrisme. J'apprends à communiquer sur ce qui est important, à reconnaitre mes faiblesses, à aimer mes qualités. A demander pardon. J'apprends à regarder. A trouver beau les gens. A leur exprimer. A veiller sur eux. Et en prenant de l'âge, à devenir un refuge. 

Je n'accueille plus toute la misère du monde, parce que c'est plus que ce que je peux encaisser. Je crois que l'altruisme dans son concept absolu est une forme de suicide personnel. Et qu'il ne donne à manger qu'aux parasites, avant de laisser les restes aux vautours. Je pense fondamentalement qu'une relation qui fonctionne est une relation d'intérêts mutuels compatibles. C'est à dire, ce que je recherche chez l'autre, l'autre peut et veut me l'apporter, et vice-versa. Simple, basique. Il y a des milliers de manières de formuler un intérêt pour autrui, par exemple : l'envie de rire, qu'on ramène du positif, de la magie dans un quotidien, de la sécurité matérielle ou émotionnelle, une famille, un projet commun, un sens, quelqu'un à rendre heureux, quelqu'un à qui se confier, etc.

Et après m'être épurée des relations toxiques, avoir fait des efforts pour me donner moi-même ce dont j'avais réellement besoin...j'avais enfin plus de temps, d'énergie et de volonté à accorder à ceux qui avaient été généreux envers moi. Aux candides. 

Je me suis rapprochée de ceux qui prenaient soin des autres.

Ca me donne toujours envie de rendre la pareille à ces personnes qui se donnent sans compter. Juste pour le plaisir de voir leur entourage sourire. Je crois que j'ai besoin d'être la justicière des bienfaiteurs de l'ombre. Mais c'est aussi parce que j'ai peur que leur pureté les annihile. 

J'ai rencontré quelqu'un comme ça.

Qui s'oublie. Mais qui fait des efforts pour se retrouver. A mes yeux, il reluit. Il reluit de toute la sueur qu'il perd à essayer. Etre témoin de sa croissance c'est comme être aux premières loges d'un événement unique, c'est un privilège. Il craint toujours de ne pas m'apporter assez mais personne ne m'a jamais apporté autant. C'est bizarre mais, il me donne l'impression d'être réellement utile à quelqu'un. Comme si moi, le long de mon existence, il l'avait remarqué. Comme si, il voyait que j'étais là. Comme s'il me voyait. 

C'est souvent les personnes qui ont l'impression de faire le b.a.-ba qui en fait défoncent tous les scores. Leurs valeurs sont tellement hautes, ils sont si consciencieux et responsables qu'ils ne se rendent pas compte à quel point ils sont 2% de la population à accorder autant d'attention aux choses.

Mais malgré tout ce que l'on s'apporte. Malgré le fait qu'on est de vrais partenaires. Qu'on se laissera pas tomber. Et c'est important, à nos âges, de savoir qu'on se laissera pas tomber parce que la chute est plus probable mais, malgré le fait que je me projette si simplement dans ton avenir et qu'avec toi, j'ai pas d'efforts à faire pour que ça marche tu vois, ce soir, je regardais sur YouTube un épisode de podcast où il y avait ce gars qui parlait de son histoire d'amour. Il expliquait qu'il l'avait attendue des années. Qu'il s'était déclaré au début de leur rencontre et qu'elle l'avait recalé à l'époque. Mais qu'ils étaient restés amis. Qu'il y avait une sorte d'alchimie qui les rapprochait inévitablement quand lui et elle étaient dans la même pièce et qu'un jour, plusieurs années après, elle lui avait laissé un message sur son téléphone : "va dans ta voiture". Sur son GPS, une adresse entrée, qui l'amenait à son restaurant préféré, où elle se tenait avec sa rose tout en lui confessant "je suis désolée que ça ait pris si longtemps". C'était une autre histoire aussi où il disait avoir une nuit écrit 16 pages recto verso à cette fille pour lister les raisons pour lesquelles ils devraient être ensemble et c'est pas si rare, j'ai bien un ami qui a fait tout un PowerPoint à son date pour expliquer pourquoi ce serait génial qu'ils soient en couple et ils le sont aujourd'hui et c'est con mais, à voir les gens sentimentaux et romantiques, j'ai les larmes qui me sont montées. 

Vivre l'amour de cette façon me manque. 

Je sens un vide dans ma vie. Qui me rend profondément terne. J'ai l'impression de vivre continuellement avec des bouchons enfoncés dans mes oreilles, où tout est atténué, où rien ne sonne vraiment, où les mélodies sont trop lointaines, impalpables. Je ressens cet acouphène intérieur, un bip qui couvre la beauté de la musique, une note invariable qui fausse les harmonies. Parce que ça sonne faux. Parce que c'est pas juste ! C'est pas normal de vivre sans romantisme. Moi aussi j'y ai droit. J'y ai droit, merde ! 

J'y ai droit. 

Quand je repense à mes premières amours, mes souvenirs sont emplis de passion, de beauté des gestes, de fantaisies romanesques, de preuves... De preuves que l'amour était là et était vécu. L'effusion des sentiments. Je comprends pas. Je comprends pas pourquoi tout s'est arrêté il y a environ 10 ans. Je comprends pas comment les gens se sont dit que c'était quelque chose dont ils pouvaient se passer. Que la souffrance engendrée ne valait pas le bonheur procuré. Qu'ils n'aient pas envie de redonner des chances à la romance. Que ça leur paraît plus tranquille comme ça. Eux et leurs petites satisfactions. 

Moi je me flétris de l'intérieur. J'essaie de m'adapter à mon époque, aux contextes. Je les connais aussi et je les affectionne les petites satisfactions. Mais j'ai une méga flamme. J'ai toujours eu une méga flamme dont la chaleur était gaspillée, j'ai une putain d'ardeur de vivre, de ressentir, d'aimer qui sert à rien dans ce monde de frileux aux cœurs meurtris qui ont peur de se lancer. Ca me désespère. Je crève de vivre l'amour encore une fois. Qu'on me laisse la chance d'être aimée par quelqu'un qui m'inspire. Ca peut pas s'arrêter comme ça juste parce qu'on est devenus matures. J'y crois pas. Moi je suis prête hein. Ca fait 10 ans que je suis prête. C'est long. 

C'est quand qu'on appelle mon nom. 

dimanche 13 novembre 2022

Une place vacante

 Gros spleen sur le chemin du retour.

Est-ce qu'il existe ici quelqu'un pour moi ? 

Mes exigences sont-elles irréalistes ? Pourtant, j'ai l'impression de demander quelqu'un d'un peu comme moi, c'est tout. Est-ce que j'ai un profil trop particulier pour trouver un semblable ?

Toute ma vie j'ai essayé de trouver quelqu'un qui me ressemble. Quelqu'un qui puisse comprendre.

Je veux bien également me contenter d'une complémentarité. Et qu'on s'équilibre nos faiblesses mais, souvent, c'est juste moi qui m'adapte. Aujourd'hui, je veux qu'on fasse le pas vers moi aussi. Est-ce trop demander ?

J'ai l'impression d'avoir acquis avec le temps et l'expérience, les moyens et les compétences de rendre un partenaire heureux.

J'ai construit, embûches après embûches, des parades pour désamorcer les blocages émotionnels et de quoi ne pas alimenter les dépendances affectives. J'ai développé des outils personnels de communication afin de comprendre le langage de l'autre, identifier et répondre de la manière la plus juste aux besoins de chacun. J'ai compris quand être là, et quand laisser de l'espace. Je sais entendre et attendre. Sans faire peser à autrui le poids de ce que je ressens, du mieux que je peux. Je sais être créative, affectueuse et positive. Et je suis putain de drôle, bordel.

La dernière fois que je discutais avec toi, tu me disais que de ton point de vue, tu serais probablement le pire petit ami que tu pourrais te souhaiter, voire que tu pourrais souhaiter au monde. J'avais réfléchi un instant avant de te répondre qu'en toute objectivité, de mon côté, je sortirais bien avec moi-même. T'avais rétorqué que selon nos personnalités respectives, ça faisait plutôt sens. Enfin, un truc du style. Je ne me rappelle plus de l'idée exacte, c'était surtout que t'avais pas l'air plus étonné que ça.

J'avoue que dans les relations sentimentales, je trouve que je suis une meuf plutôt cool. Mes pensées peuvent crépiter et partir en couille à des moments inopportuns mais en général, ça déborde pas du cerveau. En bout d'une suractivité émotionnelle, une flopée de sas de décompression. Parce que c'est un peu le but de la vie, d'apprendre à gérer les aléas.

Je ne sais pas où tous ces mots me mènent. A une injustice que j'intériorise depuis longtemps, sûrement.
La sensation d'avoir passé du temps à construire un jardin intérieur riche et haut en couleur dans l'espoir d'un jour y rendre ce lieu accueillant et ressourçant pour certains, pour finalement se rendre compte qu'un jardin intérieur, comme son nom l'indique, c'est quelque chose pour soi. Pour se rendre heureux soi. Et c'est beau mais c'est comme les rêves, ou les voyages en solitaire. C'est une richesse qui n'est pas directement partageable.

Et c'est comme ça. Ça rend les instants précieux.
Précieux et terriblement mélancoliques.

lundi 7 novembre 2022

En dessous de ta voie lactée

Evidemment, je me suis mise à réécouter ta musique.
C'était prévisible. J'usais déjà de ce stratagème quinze ans en arrière pour compenser ton absence.
T'as jamais su, je pense. A quel point je connais tout par coeur. A quel point ces notes là, elles sont intégrées.

Quand la dernière fois je t'ai confié à quel point j'avais été mystique dans ma jeunesse, t'as ajouté : "C'est pour ça que tu chantais si bien !". Comme si ma voix touchait à un autre degré. C'est aussi un truc que tu m'as dit quand on s'est avoué nos attirances respectives, que moi qui chante, c'était de ces images hypersexualisées de moi que tu avais gravées en tes rétines. J'avais été émue de voir que c'était ce genre de moments qui t'avaient marqués dans nos rencontres. Pas les phases de jeu, des moments où j'étais moi-même.

Le point positif, c'est que je me suis remise au piano.
Tu m'as toujours fait ça. Tu m'as toujours donné l'envie de m'améliorer.
Je trouve ça dingue, l'admiration mutuelle. Parce que, de mon côté, je la comprends pas. Quand je te regarde avancer, quand je t'entends réfléchir, quand je m'étonne d'être le témoin de ce que tu rends beau au quotidien dans tes actes, ta façon de penser, de créer, dans le travail fastidieux que tu entreprends ou juste, d'observer le chemin que tu as accompli jusqu'ici, c'est sûr, je veux en être, moi aussi je veux faire partie du voyage ! Avec toi, on ne va jamais s'ennuyer, c'est une certitude. Quand je t'ai en face de moi et que t'allumes toutes ces étoiles dans mes yeux, je me sens si petite sous cette voie lactée là. J'ai du mal à intégrer que moi aussi, je brille.

Alors, je t'en prie, continue de ressortir mes phrases d'il y a quinze ans mot pour mot. Continue de me prouver que même quand j'étais pas là, j'ai influé un peu sur les décisions de ta vie. J'ai pas encore bien compris comment j'avais compté pour toi ni quelle était la substance réelle de ce que tu avais gardé, mais j'ai compris que j'avais compté.

Pour l'instant, on va dire que ça calme le cœur.

Un gouffre à l'intensité

C'est toujours un certain mystère, ce que tu me laisses, après ton départ. J'ai l'impression que le gros du travail se fait en aval, une fois que t'es plus là. Que ce qui est palpable, c'est la différence entre les perspectives que tu m'ouvres et la difficulté à reproduire ces possibilités là en dehors de toi. C'est ce qui a fait, je pense, que je t'ai couru après durant des années, alors que tu n'étais qu'un fantôme et que malgré ma raison, l'idée de te rayer de mon esprit restait inconcevable.

Je pense que la réflexion, elle est partie de notre discussion de la dernière fois. Où tu me disais, non Anne, tu ne pourras jamais réalistement être à 100% de tes capacités avec quelqu'un et surtout, ce n'est même pas sur que l'éventualité te soit profitable, ni saine à terme. Et je comprends bien que mon paradigme est idéaliste. Mais l'illusion de la perspective me suffit, je crois. Ces dernières années, je me suis trop souvent sentie bridée par l'autre. Autant parce que je ressentais que l'autre n'était pas apte à recevoir ce que j'avais à lui donner (que ce soit en terme d'amour, d'attention, de compétence, de collaboration), mais aussi à l'inverse, je ne trouvais pas de répondant, je ne voyais pas en l'autre la possibilité d'un partenariat où je pourrais moi aussi développer mon potentiel. Je ressors de mes dernières relations sentimentales avec un goût de trop peu, d'inachevé voire de gâchis. Où à chaque fois je me dis, c'est dommage. Plus j'avance dans la vie, plus je prends conscience que je suis limitée dans mes réalisations quand j'essaie de construire de bout en bout quelque chose par moi-même. Mon désir, il part de la fusion de mes ambitions d'existence avec la prise de conscience de mes limites humaines. J'ai envie de construire quelque chose avec quelqu'un. Et au delà de ce fait basique, j'ai besoin d'imaginer concrètement que j'en ressortirai fortement grandie. Que ce sera le point central d'une expansion personnelle. Très probablement un autre moyen d'échapper à la mort, quand on y pense.

Avec toi, à chaque fois, c'est ce que je ressens. Non seulement je ressens une connivence, une connexion mutuelle d'un degré rare et c'est une constatation pragmatique : on est chacun muni des outils adéquats pour se comprendre mentalement. Le coeur certes, c'est une autre histoire. Mais c'est déjà beaucoup et ça n'a été qu'exceptionnellement atteint au cours de ma vie. Les occasions, je les compte sur les doigts d'une main. D'une main amochée, même. Mais aussi, avec toi, j'ai l'impression que c'est toujours possible. Que les idées saugrenues de mon cerveau, t'es partant pour les matérialiser. Que tu perçois les enjeux, sans que j'aie besoin de me justifier. Je sais pas si tu fais semblant. Que tu t'emballes parce que c'est un jeu pour toi, parce que c'est ludique, de projeter. Et c'est là que mon besoin de perspectives, il entre en collision avec ta recherche de stimulation. C'est qu'il se satisfait déjà d'une illusion.

Alors, j'y vois bien un autre paramètre.
Je pensais à ça hier soir. En sortant de cet après-midi en compagnie d'un ami de longue date et de sa gamine qui balance d'un regard espiègle "Papa il m'a dit qu'il était amoureux de toi !" avant de rire nerveusement du mauvais coup qu'elle a fait à son père, tout en vérifiant qu'il ne s'énerve pas trop, et lui qui ne sait absolument plus où se mettre et c'était très bizarre parce que je le connais sans gêne, ni même pudeur pour ce genre de sujets, d'ordinaire. Je pensais à ça hier soir, aux personnes à qui j'en ai fait baver, dans ma jeunesse. Aux relations qui sont restées en suspend pour les autres. Notamment parce que j'y avais mis un stop très franc avant qu'elles n'existent réellement, tout en ayant montré en quelque sorte une bande annonce de ce que ça aurait pu être. Ça n'est arrivé je pense qu'un couple de fois mais à chaque fois, quand il n'y a pas eu concrétisation des espoirs, c'est comme si l'autre avait mis pause l'histoire et qu'il en était resté là où on s'en était arrêté : à l'horizon des possibles. A l'endroit où l'imagination est la plus tordue envers soi-même. Il n'y aura jamais de conclusion au désir alors le cerveau comble le vide par le fantasme. On a si peur du vide et de l'absence de sens qu'on le recrée. On fait tous ça.

Je me rends compte que les personnes qui m'ont le plus romantiquement aimée ont eu à faire aux relations les moins partagées. Aux instants les plus cruels et insensibles que j'avais à offrir. Que ces instants, qui datent pour certains de bien vingt ans, s'accrochent à eux encore aujourd'hui. Qu'il y a des hommes qui m'ont follement aimée en secret pendant plus d'une décennie et que c'est précisément ces hommes que j'ai par le passé, fait souffrir.

Je n'écris pas ça pour poser un point de vue moral sur la chose. On a tous déjà été le bourreau ou la victime de quelqu'un.

Le trauma crée un gouffre à l'intensité.

Je le savais bien sûr, mais les événement récents de la vie ne cessent de rappeler à mes lèvres cette question.
As-tu été un trauma pour moi ?

Est-ce qu'elle vient uniquement de là, l'intensité ?
Est-ce que les perspectives qui s'ouvrent à moi ne sont que le fruit de mon cerveau qui recrée du sens ?
Est-ce que dans le fond, ton absence, elle n'est pas davantage représentative de ce que tu as réellement à me donner ?

dimanche 23 octobre 2022

Comme une herbe folle qui craquèle le béton par la rage de vivre

Je ne sais même pas si j'ai le droit d'être en colère. Si cette boule au ventre, elle a la légitimité de sa place. Je ne sais pas parce que comme d'habitude, tu ne donnes pas de nouvelles. Je n'ai ni les éléments, ni les informations. Je n'ai rien sur quoi baser un quelconque jugement. Juste, cette boule, qui grandit, devient lourde et amère au fur et à mesure que les chemins se desserrent, que les intentions se désengagent d'une direction semblable.

Je ne comprends décidément pas comment tu fonctionnes.
J'avais l'impression que ce qu'on a vécu là, c'était un peu magique. Et que, malgré les emplois du temps chargés, on restait toujours à une seule rue d'écart. J'aurais cru, comme moi, que l'envie de me serrer aurait été plus forte, j'aurais pensé que t'aurais cherché à capter mon sourire l'espace de cinq minutes, le temps d'un café, l'instant d'un regard échangé, plutôt que le silence.

Le lendemain par message, après avoir compris mon enthousiasme, tu m'écrivais "ouf, j'ai réussi mon audition". C'est dingue. C'est comme si tout ce temps t'avais préparé ton entretien d'embauche pour ce poste dans mon coeur. Et qu'une fois les délibérations établies et ta place approuvée, tu ne te présentais pas sur ton nouveau lieu de travail.

Je ne te comprends pas mais je veux te demander, pourquoi tu es toujours si impliqué, puis tu disparais. Pourquoi c'est si fort à chaque fois et que naturellement, ça ne te vient pas à l'esprit d'entretenir ce lien. Je ne comprends rien. Je suis si bouleversée. A chaque fois. Tu retournes ma vie, tu laboures mon quotidien. Puis tu me laisses en jachère. T'as méticuleusement tout mis en place pour que ça marche, puis tu te casses comme si c'était pas toi qui l'avait demandé. Comme si c'était pas utile, que t'en voulais pas.

En fait, je percute pas comment ce qu'on a vécu tous les deux ce soir là n'a pas créé l'envie en toi.
A peine quitté, ton corps en transit en salle d'embarquement, tu m'écrivais : "Moi aussi je voyage avec un goût de reviens-y."
Et depuis, c'est comme si tu n'étais jamais rentré.
Tes mots prononcent "à bientôt" comme s'ils voulaient dire "au revoir".

Et moi, en t'attendant, je suis défaite. Décomposée. Je suis si lente à démarrer. Si difficile à freiner par la suite. T'as fait tout ce chemin pour me cueillir mais t'en fais rien et ça me rend barge.

Je ne comprends pas, il n'y a rien de cohérent dans tes attitudes. Quel est le sens ? Et tous tes mots...
Pourquoi ?
Pourquoi tu me fais ça ?
C'est si cruel.

Je n'arrive plus à fonctionner correctement.
Tu débarques comme une fleur, juste le temps de ranimer mon coeur. Et tu le piétines.
A l'intérieur, si tu savais le massacre que tu es en train de commettre. Je t'en veux. Tu m'as fait ça à chaque fois. Pourquoi. Pourquoi tu t'acharnes sur moi de la sorte. Pourquoi tu m'as pas laissée tranquille ? Après toutes ces années à tenter d'effacer les marques de ta lumière en mes souvenirs, tu reviens une fois que j'ai bien fini le travail et encore une fois, tu le saccages ? Tu n'as donc aucun respect pour ce que je peux ressentir ? Tu crois qu'avec moi c'est du libre service ? Que c'est buffet à volonté ? Que tu peux tout prendre comme ça, parce que tu avais faim ?

Je suis si révoltée. Ton attitude insensible et inconséquente est en train de me créer de vrais traumatismes. Et en plus, je sais déjà comment ça se termine.

Je le sais déjà, parce que je l'ai vécu un million de fois. Tu vas réapparaitre de nulle part, ou par l'intermédiaire d'un de mes proches à qui tu vas demander de mes nouvelles.Tu vas sommairement te justifier, en donnant des explications claires qui font sens, puis tu feras réopérer la magie d'une rencontre avec tes mots, tes actions et pensées éclatantes. Alors, je te pardonnerai. Parce que toi en face, il m'est impossible de croire en ta nuisance. Et comme à chaque fois, après toutes ces choses en moi que t'auras fait briller, naitra l'espoir. Et avec, l'envie d'assister tous les jour au miracle de ton existence. Comme si, c'était la seule chose pour laquelle j'étais faite. Envers et contre tout ton poison, tes disettes et ton égocentrisme. Tant pis. Comme une herbe folle qui craquèle le béton par la rage de vivre, j'irai craqueler ton cœur par la rage de t'aimer. Et si ta carapace est trop solide, je n'aurai pas le choix. Je m'en irai mourir dans un coin d'obscurité, desséchée par tes promesses vaines et arides et ce sera la fin d'un souffle court.

vendredi 21 octobre 2022

Tu veux pas qu'on essaie ?

Je crois qu'il faut que je te parle. Que je te dise, ici, les choses.
Tu sais, c'est comme un vieux rêve qui se réalise. Quand je pensais à toi, à notre histoire, et que j'imaginais comment ça aurait pu se finir autrement. Tu serais revenu et tu m'aurais avoué "non mais en fait, c'est pas ce que tu crois". "En fait j'ai fui mais...c'est parce que je suis fou amoureux.". A chaque fois, je réinterprétais tes gestes, me demandant "peut-être que...", "qu'en réalité...". Qu'en réalité, tu ressentais les mêmes choses que moi. Mais qu'on était juste cons. Et pas compétents en la matière. Intérieurement, j'avais ce fantasme du mec sûr de lui qui perdait ses moyens en ma présence. De l'artiste génial que j'intimidais. Un retournement de contexte. Je rêvais qu'un jour nos chemins se recroisent et que tu lances un "je ne t'ai jamais oubliée".

J'en rêvais, t'entends.
Ça a tourné en boucle en mon esprit des années durant.

Tu ne m'as pas dit : "Je ne t'ai jamais oubliée".
Tu m'as dit : "Je me souviens de tout."

Tout. Des motifs et de la texture de ma culotte la première fois que l'on a dormi dans le même lit, il y a 15 ans de cela. De chacune de mes phrases que tu m'as répétées mot pour mot, de mes postures, tu as refait mes gestuelles de mains, de mes habits, de mon style, de mes goûts, tu te souvenais de tout. Tu m'as dit : "tu ne peux pas savoir comme je t'ai hypersexualisée en mon esprit. J'ai un catalogue d'images de toi presque infini en moi.". Et quand je te demande le contenu de telles images tu me réponds :
"La fois où j'étais assis par terre et tu étais allongée sur mon lit, la tête à l'envers."
"La fois à la sortie du car en chemin vers la fac, tu marchais devant moi et on voyait ta nuque."
Et quand je réagis avec un "c'est tout ?", tu rétorques "c'était extrêmement marquant pour moi".

Alors j'ose t'avouer que c'était moi l'accroc. Que notre rencontre fortuite du premier soir, c'était une mascarade. C'était moi dans un élan de folie, qui avais orchestré le hasard. Quand tu me fais la remarque "t'avais un petit appétit à l'époque", je te réponds "non, j'étais juste amoureuse et tu me retournais le bide".

Tu es tombé des nues.
"- Tu aurais dû me le dire ! On serait sortis ensemble !
- Oui, mais ta copine...
- Il suffisait d'un geste, tu m'aurais cueilli.."

Et pendant que tu prononçais de vive voix tous les mots que j'avais façonnés un millier de fois en mon cerveau, j'essayais de rester calme. De me raisonner, me dire que c'est trop tard.

"- Tu n'as pas arrêté de me remballer. Tu te rappelles pas ? Tu me disais "ouiii mais Anne, toi il vaut mieux t'avoir en amie plutôt qu'en amoureuse parce que les amitiés, ça se garde."
- C'est parce que j'assumais pas, que j'essayais de me convaincre...
- Et quand ce soir là, on a dormi ensemble et qu'on s'est apporté de la tendresse toute la nuit, tu te souviens ? C'était magique, et toi qu'est-ce que tu as fait ? Tu as dormi seul par terre tous les soirs d'après !
- Mais c'est parce que je me suis senti tout honteux cette nuit là ! Tu ne te rappelles pas ? Le matin, au réveil, on était collés l'un à l'autre et je bandais. Et toi tu m'as dit, amusée "je crois que ça toque en bas" et j'ai eu si honte. Tu te rends pas compte comment je complexais vis à vis de ton expérience....moi je me sentais novice et tu me racontais toujours tes histoires qui avaient l'air incroyables...je me disais "wow, j'aimerais bien les vivre avec elle", mais j'avais peur de ne pas être à la hauteur. "

Je t'assure, tu l'as été. Tu as été bien plus capable que le toi de mes fantaisies passées.
Tu disais que j'avais eu plein de phrases qui avaient impacté ta façon de penser le désir pendant longtemps mais tu vois, ce qu'on a fait toi et moi la dernière fois, 15 ans après...pour moi, c'était mémorable. J'avais même pas réussi à concevoir en mon imaginaire la force de ta sensualité. Je pensais que tu pouvais être doux, certes, mais d'une tendresse rigide. Je n'aurais pas cru à ta chaleur, à la fluidité de tes gestes, je n'aurais pas cru en la persistance de ton désir. En ce courage que tu auras déployé, cette fois-ci, au lieu de fuir, pour me dire les choses, toi, pour m'exprimer avec respect tes envies, pour me demander, avec pudeur, si tu pouvais toucher mon bras. Je ne pouvais pas imaginer comme tu t'emballes, et tes lèvres sur ma peau qui me scellent à toi, je ne pouvais pas croire en tes yeux d'un bleu effronté qui me fixent avec candeur, mes cheveux sur ton visage, comme une cabane qui nous abrite de la lumière. J'ai encore la sensation de tes mains qui me serrent. Je ressens encore tes cris. Je les sens en moi. Je l'écris ici mais je ne pourrais pas exprimer à quel point je n'y croyais pas.

Au réveil non plus, je n'y croyais pas. Même si tu étais resté blotti contre moi durant ton sommeil.
C'est sur, c'est moi qui vais me souvenir, cette fois.

Je ne sais pas si on attend les mêmes choses.
Avant qu'on s'élance, t'as ajouté : "sois mon amie".
Un peu rude, en vertu de tout le reste.
Alors, j'ai aussi conscience que tu m'as dit qu'avant de pouvoir faire l'amour à quelqu'un, t'avais besoin de la considérer comme ton amie. Mais, et si, pour une fois, on décidait d'arrêter de se tromper de message ?
Je ne sais pas si je souhaite encore te faire croire que je peux juste être ton amie. En toute sincérité, c'était si fort, si complet, ça ravive tellement les sentiments en ma mémoire que je ne pense pas tenir très longtemps sans tomber dedans à pleine vitesse, avec tout ce que j'ai, sans protection face à la douleur. Je ne pense pas pouvoir faire semblant, faire genre ça m'atteint pas et je suis au dessus du reste.  Genre je gère, t'inquiète.

Je gère rien du tout, moi. T'as fracassé en un coup toutes mes barrières et tu m'as fait me sentir comme une petite fille en ta présence. Et maintenant que t'as dans la main toutes mes faiblesses, tu vas en faire quoi ?

Ménage mon coeur, s'il te plait. Et respecte moi.
Allez, quand je te reverrai, je serai honnête. Je te dirai que ce dernier moment a été plus important que tu ne l'imagines. Je te dirai à quel point je te trouve incroyable. Et que si toi t'as jamais cessé de me désirer, moi je crois que je n'ai jamais cessé de t'aimer. Même si ça a été très dur de me l'avouer à moi-même. Aujourd'hui, j'ai peur certes. Parce que tu m'as fait du mal. Parce que j'ai la récurrence de la mauvaise expérience de toi qui disparais sans jamais donner de nouvelles. Et me rendre compte qu'on tient pas aux instants ni aux gens de la même manière. Mais je t'ai aussi entendu être à fond et impliqué dans des relations humaines. Je sais que tu peux le faire. Je me dis juste, aujourd'hui, on habite à une rue d'écart. Et enfin, tous les deux, en même temps, on est libres. Sans contraintes morales. Tu veux pas qu'on essaie ?
Tu sais, de tomber amoureux.

Enfin, pour ma part, je suis pas sûre d'avoir à faire beaucoup d'efforts.




mardi 18 octobre 2022

Soul eyes

C'est incroyable la vidéo. Elle fige le temps en mouvement, un drôle de paradoxe.
En mon esprit, ta colonne vertébrale, si droite, tes épaules, si larges pour un gamin de vingt six ans. Dodeliner comme un métronome sur ton clavier, tes bracelets, si imposants, tes mains si fines marteler violemment les notes. Ta nuque qu'on a envie de mordre et tes cheveux, mon dieu tes cheveux... Je m'en souviens, t'étais habillé comme ça tous les jours, comme un jeune clodo défoncé et ton t-shirt ample qui laissait entrevoir le dessin de tes omoplates, je me rappelle maintenant, pourquoi t'étais si sexy, et pourquoi j'avais autant de mal à respecter mes principes en ta présence.

J'avais tellement envie de faire l'amour à ton intelligence. Et t'agripper les cheveux.

C'est dur, ce que tu me fais. Revenir 15 ans après et me faire croire qu'on peut rattraper l'histoire.
Tu t'es jamais rendu compte de l'effet que tu avais sur moi. T'es en train d'ouvrir une faille temporelle de laquelle tu n'es pas prêt à recevoir le désir. Ce désir d'antan que je revis instantanément lorsque je revois les images de tes vingt ans.

Je ne dirai pas que tu n'as pas changé. Mais tout ça est bien vicieux. Tes gestes ont pris en assurance, tes doigts s'aventurent en confiance sur ma peau, toi qui tremblais tellement de te coller à moi. Toi qui n'as jamais osé faire le pas, tu m'embrasses le cou. Tu prononces les mots. Tu m'avoues "cette fois, je me suis dis que si j'avais envie de toi, je te le dirai'.". Tu n'as pas tourné autour du pot. Tu as remis le sujet sur la table plusieurs fois. Après tout, maintenant, tu es un homme.

Et depuis que j'ai commencé à écrire ce texte, je soupire à chaque phrase. Comme s'il fallait encaisser chaque image rémanente de ton corps, et les sensations folles de la douceur de tes caresses mêlée à la puissance de ton envie de pétrir. C'est un dosage parfait que je n'ai cessé de chercher en les autres et toi t'es là, t'arrives comme le poil dans la soupe de toutes mes bonnes résolutions et tu me redonnes le goût de la sensualité.

De toute façon, t'as toujours eu le don pour me redonner goût aux choses.
Pitié, cette fois-ci, ne t'en vas pas.

lundi 17 octobre 2022

Pour voir si les couleurs d'origine peuvent revenir

C'est lui-même qui m'a conseillé d'écrire.
Que si je voulais laisser quelque part une trace de ma visite sur Terre, les mots étaient l'un des moyens les plus accessibles de transmission.

En ce moment, ma vie se résume à dénouer des histoires qui débutent il y a 15 ans.
Je ne sais pas si la vie fonctionne par cycles, ou par périodes. Pourquoi maintenant ? Pourquoi tout me ramène à mes 20 ans si férocement ?

J'aurais pu penser en vue des circonstances que j'étais nulle pour interpréter les réelles intentions des gens. Mais en y réfléchissant une seconde fois, je pense plutôt que j'ai eu plus souvent que la moyenne en face des gens impossibles à interpréter. Des gens avec des cerveaux différents, des systèmes de pensée marginaux et que malgré mes efforts, il ne suffisait pas de toute la sincérité du monde pour comprendre leurs réactions, au delà de ma portée intellectuelle et émotionnelle.

C'est comme ça. J'ai rien pité à rien toute ma jeunesse. Ni à leurs mots, ni à leurs gestes, ni à leurs va-et-viens constants, leurs "oui, non, peut-être". M'en suis fait des cheveux blancs à tenter de remettre de l'ordre dans leurs logiques rocambolesques et maintenant que je relis les vieux textes avec désormais la traduction à mes côtés je me dis qu' "à côté", c'est vraiment le terme. Toute ma vie à passer à côté. De si peu pourtant. Il aurait suffit de vraiment rien, parfois, pour faire basculer les histoires.

J'ai relu des pages et des pages de frustrations d'actes manqués, d'erreurs de timing, d'envies qui se côtoient sans jamais se croiser. La déception d'espoirs qui venaient s'échouer et mourir dans le néant de l'attente. Une lecture assez amère, en somme.

15 ans plus tard, que valent les liens qui se renouent ? Que valent les "et si ?"
Faut-il se donner la peine de répondre à des questions si anciennes lorsqu'elles se rappellent à nous ?

J'ai peur d'avoir mal.
Les sentiments d'avant. Tout était puissant et intense, parce qu'on a la force de la jeunesse avec nous et la furieuse envie de brûler nos années sous le totem de l'expérience.

Mais ces sentiments d'avant avec ce coeur d'aujourdhui. Est-ce que c'est bien raisonnable ? Est-ce que ça ne va pas davantage l'user qu'autre chose ? Est-il encore apte, ce coeur craquelé, à contenir la fougue des amours de jadis ?

Je ne veux pas finir la course à bout de souffle.
Même si je ne serai pas contre retrouver quelques couleurs.

dimanche 5 juin 2022

Gillet rose

Je passe mes journées en compagnie d'une boule de chaleur vivace logée au creux du plexus. Elle est là, elle tourne sur elle même et cherche à sortir lorsque j'ai le malheur de penser à toi. J'ai l'impression que c'est tous ces "je t'aime" qui n'ont pas trouvé destinataire et qui se sont regroupés entre eux pour monter une sorte de syndicat des "je t'aime" non avoués, compactés en une masse intense et impatiente, et qui poussent comme un foret contre les parois de ma poitrine, me transperçant de l'intérieur tant que je ne n'aurai pas rétabli "l'ordre naturel des choses". Parfois ils m'entraînent malgré moi, et je commence à concevoir des phrases à t'envoyer par texto qui clameraient la puissance de mon émoi, puis je réalise que c'est dans ma tête, que mes "je t'aime" me font perdre les pédales et me lobotomisent à l'usure de leur existence. A l'intérieur, c'est une manif qui ne cesse de s'accroître avec le temps et les entrevues, je les entends piétiner et se révolter en brandissant leurs petits panneaux "je t'aime, je t'aime", récupérer quelques pavés des marches de mon coeur pour me les balancer à la cervelle mais jusqu'alors, ma raison a toujours tenu tête, non sans risquer parfois de plier.

Je ne suis pas fermée aux pourparlers mais c'est souvent mon éthique qui clôt chaque débat. On ne négocie pas avec l'éthique. Cependant, mes "je t'aime" sont en supériorité numérique et les forces de "l'ordre naturel des choses" ont de plus en plus tendance à se ranger de leur côté, rendant leurs revendications intimidantes, voire oppressantes. Ils veulent passer aux aveux. Ils n'ont rien à faire du bon timing. Ou du respect des contextes. Tout ce qui les intéresse, c'est dire. C'est vomir leur attirance. Plus qu'un besoin, une question de survie.

Cette guerre civile battant son plein en intérieur, je ne tiendrai pas très longtemps. Je me laisse un mois avant de flancher sur mon programme et mes objectifs. Je ne voulais pas en arriver là, mais si ces "je t'aime" continuent à semer la zizanie en mon esprit, je n'aurai pas d'autre choix que de m'armer de courage, expulser les mots et les sentiments là où ils sont nés parce qu'après tout, je ne suis pas là pour accueillir tout l'amour du monde...

lundi 2 mai 2022

Certainement pas un chef-d'oeuvre

Je ne sais pas à qui dire tout ça alors je fais comme si tu pouvais m'entendre.
Forcément, c'est étrange, ce sont des mots que je n'aurais probablement pas le droit de prononcer. Des aveux qu'il serait incorrect de te faire. Mais, c'est le printemps, mes hormones me jouent des tours. Tu dégages un truc, une odeur d'émoi adolescent mêlée à une virilité que j'ai pas l'habitude de fréquenter. Je le sens bien, que ma peau vient se frotter à la tienne, l'air de rien, par hasard, pour ne pas que j'aille la réprimander. A quel point me ment mon corps, que je pourrais le surprendre à trébucher sur toi. Mettre en place des stratagèmes vicieux pour te frôler, se rappeler ta douceur, y'a vraiment un truc chelou dans le concept de force de gravité entre nos êtres. Et ça me rend dingo et électrique et je sais pas toi mais, l'euphorie du désir me fait péter des câbles. Tu présentes tes mains à mon visage et tu me dis "frappe". Tu me pousses à jeter mes poings contre tes paumes et je me demande, forcément, si ta proposition c'est pas un moyen d'évacuer la violence de ta pulsion. Parce que clairement, je veux bien faire semblant de me battre avec toi si c'est le seul détournement qu'on ait trouvé pour se faire l'amour très fort de manière platonique. D'ailleurs, c'est vraiment sournois que dans platonique, il y ait "nique". Mais c'est un autre sujet.

C'est fou l'énergie que peut dégager une attirance. On pourrait alimenter des villes avec ça.

Je crois que ce qui me donne envie de te manger, c'est tes petits pics d'adrénaline quand on fait de la musique ensemble. Quand tu cuisines, aussi, t'es vraiment sexy. Moi à côté de toi et d'une planche à découper les légumes, il se passe un truc incontrôlable. Ton extrême douceur et gentillesse, ta générosité et ton attention pour les autres, au sein du bulldozer sur pattes que tu es, ça ne peut être qu'attendrissant. Dans le fond je le vois bien, que tu m'aimes déjà. Mais genre, vraiment. Peu importe la manière. Je crois que t'as eu un coup de foudre sans couleur à l'amour. J'ai vu que t'as tout retenu, mes goûts, ce que j'aimais et ce que je n'aimais pas, les anecdotes, les détails, que tu ne te trompes jamais. Tu prends tellement soin de moi, tu me ramènes de quoi me réconforter quand tu sais que je suis fatiguée, à chaque fois, tu le dis pas aux autres mais tu fais quand même en sorte que je sois la reine de la soirée. Quand j'ai mal au ventre, tu me portes comme un prince pour me relever du canapé. Puis après t'ajoutes "n'en profite pas pour me peloter". Mais qui fait ça, sérieux ?

Allez, avoue-le. Ce projet, c'est un prétexte pour que je vienne te voir dans ta ville. T'as craqué quand on s'est rencontré, tu m'as lancé plusieurs fois pendant mon séjour "c'est con que tu sois pas là plus souvent" et le lendemain de mon départ, t'as trouvé une solution. C'est tout. Et je sais bien que c'est prétentieux de le croire.
Mais déjà à notre troisième entrevue, tu me préparais un des meilleurs anniversaires de mon existence. Autant d'amour en une seule personne, je me dis que ça n'existe pas de manière inconditionnelle et ouverte à tous. Qu'il a dû se passer en toi quelque chose de vraiment exceptionnel pour être une personne si adorable. Qu'à ce degré là, ça ne peut pas être juste une nature. Sinon y'aurait pas d'excuse à ce que tu sois un peu parfait, quoi.

Enfin, si t'étais célibataire.
Marrant comme une simple info change les souvenirs en un tableau assez dégueulasse.

lundi 14 mars 2022

Mutisme Sélectif

C'est quand j'ai découvert sous le papier d'emballage ce que tu avais choisi pour moi que j'ai compris un peu que tout ça n'était pas si vain. Tu avais écouté les conversations et même, tu les avais retenues. Tu avais gardé les petits détails anodins alors que je pensais que tu étais du genre à ne garder que l'essentiel. C'était si subtil et personnel, un cadeau si tendre que ça m'a frappée à la gueule que c'était comme ça que tu témoignais l'amour.

Et comment ne pas t'aimer en retour ?

Fait chier, t'entends ? Tu es vraiment trop cute, c'est un cycle infernal.
Faudrait que je t'exorcise.
Mais t'as pas la tronche habituelle du truc néfaste qu'il faut chasser de sa vie. Toi t'es juste.... Pas pareil. T'es juste, pas comme moi. On parle chacun un autre langage. Mais ça veut pas dire qu'on s'aime pas, je crois.
Enfin, je sais pas toi. Mais moi, ça veut pas dire que je t'aime pas. Je le ressens parce que quand je te vois vivre, je ne peux pas m'empêcher de te regarder. C'est étrange. Ton coeur, je l'aime comme mon enfant. Je veux chérir la plus petite part de ton être parce que je te sens chancelant, bloqué dans ta propre prison comme si on ne t'avait pas expliqué que tu pouvais juste sortir, je te sens, minuscule et à l'étroit, te dépatouiller comme tu peux avec ce que tu as. Je te sens plein de respect et de bonnes intentions, te réjouir tellement des petites choses, comme s'il n'y avait que celles là. Le reste, les trucs trop grands, c'est trop pour toi. C'est trop imposant, trop lourd, trop signifiant. Et toi, dans ta toute petite cage, tu te fais vite écraser par ce qui prend de la place.

Tu sais, depuis je réfléchis à comment rendre mon amour plus léger. Même si ça veut dire renoncer à t'aimer, ou renoncer à te le dire. Parce que, j'arrive plus à voir autre chose quand je te regarde, qu'un être fragile et pas à sa place. D'une certaine manière, le monde est probablement injuste avec le genre de personne que tu es. Et on ne se comprendra sans doute jamais. Je le sais. J'aurais beau tous les jours te déclarer le feu que t'embrases en moi, je ne te toucherai pas avec des images. Je ne te toucherai pas avec mes mots. Je ne sais même pas comment te toucher.

J'ai tellement cherché ces derniers mois, je t'assure. Toutes les façons, toutes les manières. Trouver un chemin commun pour exprimer nos émotions ensemble. J'ai même creusé des sentiers qui n'existaient pas avant toi, parce qu'on aurait très bien pu inventer les propres modalités de notre histoire. Je me suis tapée la tête contre les murs parce que je refusais de croire qu'il n'y avait pas de route possible entre toi et moi mais c'était pas ça. C'était juste que t'avais rien à exprimer.

Et c'est pas ta faute.
C'est bon j'ai compris.
C'est pas ta faute.
C'est juste que tu peux pas.

jeudi 20 janvier 2022

Superficialité de l'intime

 Qui es-tu ?
Je pense qu'il faut que j'arrête simplement de me poser la question. On ne peut pas tout comprendre et je suis loin de t'avoir cernée. Deux possibilités parmi tant d'autres : soit tu es bien plus complexe que ce que je n'ose imaginer, soit je m'évertue à trouver un sens caché là où il n'y en a pas. Je n'ai pas l'habitude du simple et avec toi, tout est simple. Et en même temps, c'est impossible de lire en toi. Comment je peux croire au simple que tu proposes s'il n'est pas limpide ? Si tu es opaque, si aucune émotion ne transparait ?

Ça fait des jours que je me casse le crâne.

Je rembobine toutes les situations. Je requestionne toutes les vraisemblances. Je te questionne, toi, mais tu ne donnes aucune réponse. Tu me laisses parler, et tu passes à autre chose. Rien ne t'atteint. Ça coule sur ton être.

Es-tu touché par l'amour ?

Parce que quand je te vois agir à l'extérieur, je t'épouserais bien. Je suis si fan de ta finesse, ton humour, tes effets de surprise.
Mais quand on est juste tous les deux, je me demande. Qui es-tu ?
As-tu besoin de moi ? Finalement, est-ce que ça compte ? Que je sois là ou pas.
Moi ou une autre.
Qu'est-ce qui fait que ?

Qu'est-ce que je pourrais apporter véritablement de plus à ta vie ?
Si tu n'es pas amoureux, qu'as-tu à prendre de moi ?

Je suis décontenancée.
Je ne connais ni tes intentions, ni ce que tu ressens.

Je sais juste que tu fais tout ce que tu peux, pour être là quand il faut. Je sais que tu m'ouvres des portes, que tu me crées des occasions. Je suis peut-être débile, mais pas aveugle. Je vois que tes efforts sont tournés vers moi. Que tu me respectes, que tu prends soin de moi.

Et c'est ce qui me rend perplexe. Parce que malgré la place que tu me fais à tes côtés, y'a pas de chemin qui mène à ton coeur. Y'a pas d'espace, ni de lumière. Y'a pas de serrure ni faille. J'ai pas de prise émotionnelle à laquelle me raccrocher. Vu de l'extérieur, t'es parfait et nos moments, ils sont géniaux. Mais ils gravitent en surface. Dans la superficialité de l'intime. On partage des tâches, pas des instants.

Qu'est-ce qu'on va retenir de nous ? Qu'est-ce qu'il restera, une fois les bonnes blagues balancées, une fois les bons films visionnés et les soirées terminées ? Quand on rangera nos histoires dans des boîtes, qu'est-ce qu'on gardera ? Un regard, un geste, un frisson, une main tendue, un je t'aime, une déclaration, quelque chose qu'on serre fort contre soi...

Dis-moi, de tout ça, qu'est-ce qu'il nous restera à chérir ?

dimanche 16 janvier 2022

Et après

 Et après avoir déversé mes mots crus sur le clavier, en éteignant mon écran j'éteindrai mes secrets. Je ravalerai ma salive quand je me glisserai sous ta couette et je respirerai doucement et profondément pour calmer mes battements de cœur. J'aurai laissé mes larmes sur le canapé et sous tes draps, je sentirai ta chaleur. Comme un aimant, tu viendras à mon contact te coller à ma peine et tu me demanderas en plein sommeil paradoxal "ça va ?". Tu me demandes à chaque fois si ça va. Tu n'en gardes aucun souvenir le matin mais moi je sais que même dans tes rêves tu fais attention à moi. Alors je te répondrai "ça va". Ce sera un mensonge présent mais une vérité future. Je délierai tes cheveux avec mes doigts. Tu frissonneras comme un animal et je t'aimerai un peu.

Ton mur de pierre

Est-ce que ça y est ?
Est-ce que je suis arrivée au bout de mon rêve étroit ? A la limite de ma bulle mièvre, sur le point d'exploser, ce microcosme fragile rempli de vide qui fut un court instant le fruit de mes fantasmes. D'un avenir pour nous.

Ca y est ? Retour à la case départ, celle qui indiquait qu'on avait un fonctionnement radicalement opposé et des besoins si peu compatibles ?

Dans le fond, je savais qu'on ne pouvait récrire l'histoire.

Je vais néanmoins essayer de t'expliquer, avec mes mots et sans pleurer, ce qui pèse sur mon cœur depuis plus d'un mois.

Je te trouve extraordinaire.

T'es le genre de personne que je pourrais juste observer évoluer en société avec un regard admiratif et curieux. Tu me fascines, m'émerveilles et m'émeus. Au quotidien tu me fais rire, m'intrigues et m'attendris. Quand tu t'endors contre moi, ton crane entre mes doigts, tu le sais pas mais c'est si précieux de te sentir t'apaiser et respirer près de ma poitrine. Je me sens reconnaissante et comblée. Je la trouvais pas dégueu non plus, l'idée de te faire un môme. Bien que tu sois malin comme un renard, tu es plutôt honnête et droit. Respectueux, patient et attentionné. A l'écoute et digne de confiance. Pertinent, si intelligent et ludique, absurde comme j'aime, doux, sexy, hypnotisant, passionnant et j'en perds mes mots parce que tu m'impressionnes un peu.

C'est ce qui me rend triste à faire des insomnies près de toi dans le lit.

Malgré ce qui s'anime en moi et ce qui brille en toi, j'ai cette sensation de m'embraser face à un mur de pierre. Comme s'il m'était impossible de t'atteindre, de te toucher. D'éveiller l'amour dans tes yeux. Je les vois s'allumer quand on délire ensemble, mais je sais bien qu'ils s'éclairent en toutes circonstances, tes yeux. J'en viens à douter qu'il me soit accessible d'être sereine avec toi.

Savoir ce que tu penses et ressens ne m'est pas disponible. J'ai beau creuser, chercher des pistes, j'ai aucune boussole, aucune carte pour m'aider dans ma démarche. Mes questions reçoivent des réponses génériques, mes doutes, un silence expéditif. Je ne sais pas à quoi me raccrocher pour te comprendre.
Ça ne ressemble en rien à un début de relation enflammé. Ça ressemble à une attirance qui s'éteint.
Tu ne me parles pas, ne m'a jamais dit que j'étais belle ni même que je te plaisais, la tendresse ne se transforme pas en désir et tu n'es pas capable toi-même de comprendre pourquoi tu es avec moi.

Si je n'ai ni les mots, ni la raison, ni le désir, ni les regards pour attraper la couleur de ton émoi, comment veux-tu que je laisse mon cœur s'exprimer sans angoisse ? Je te jure que j'essaie de t'atteindre. Parfois, j'ai l'impression de me débattre, de m'agiter sous tes yeux qui ne fixent pas ma direction et c'est très perturbant. Est-ce que je me noie ?

Est-ce que tu comprends que c'est trop dur pour moi ?
Ton être de marbre, c'est trop dur. Et quand je m'approche, je me fais mal.

Je sais que c'est tôt un mois.
Je sais que j'avais dit que je prendrais mon temps.
Mais dans toutes mes projections, à la fin, c'est moi qui souffre.

J'arrive pas à te faire comprendre à quel point je te kiffe et à quel point ça m'inquiète dans le contexte actuel. Tu me donnes tellement et tu me donnes rien à la fois. C'est si déroutant. Qui es-tu ? Pourquoi l'émotion ne suit pas ? Qu'est-ce que je dois faire ? On se fréquente depuis quinze ans et en fait, je ne te connais pas. Tu ne m'as jamais permis d'entrer, n'est-ce pas ?

Je toque à ta porte.

S'il te plait. Ne me laisse pas comme une connasse moisir sur le pallier. Je ne suis pas un robot. Je ne pourrais pas étouffer mes sentiments éternellement. J'arrive pas à être comme toi, prudente, modérée, concentrée sur d'autres choses. Tout ce désir, toute cette tendresse qui m'habitent, si je les garde trop longtemps en moi, ils vont pourrir et nécroser. Devenir toxiques pour moi. Tout cet amour que tu laisses sur mes bras, deviendra mes boulets. S'il te plait. Quand je le tends vers toi. Prends-le. Me laisse pas avec ça. Me laisse pas.

Me laisse pas te quitter.

vendredi 3 décembre 2021

Jamais deux sans trois

Je l'avais anticipé pourtant. J'avais vu de loin l'embuscade arriver.
Je m'y étais préparée. Je l'avais envisagée. J'avais préparé les différentes phrases à dire selon les contextes, les réactions et les réponses. J'avais demandé conseil à mes amis : "Est-ce que je suis maso ?", "Est-ce que je déconne ?", "Est-ce que je me fais des films ?". Je n'avais pas laissé le moindre hasard s'immiscer dans le soupçon d'un coin sombre, j'avais balayé toutes les éventualités potentielles pour ne pas me faire surprendre par un aléa de la vie, quel qu'il soit et j'arrive quand même, après cette mise en condition digne du meilleur athlète des jeux olympiques catégorie "relations sentimentales", à avoir ce sourire béat du nouveau venu dans la discipline qui découvre comment ça marche les choses du coeur.

J'ai été déroutée par ta réponse, je l'avoue. Par tes mains, aussi. Déroutée par le tremblement de tes doigts qui caressent ma nuque. Sentir ton excitation monter par le simple fait de frôler mon visage. Me suis-je méprise à ton sujet ?

Plus de quinze ans qu'on se connait. Je te pensais froid, pas porté sur l'émotion d'un geste. Je te pensais pragmatique et peu emballé. Peut-être que dans le fond c'est un choix pragmatique. Et j'entendrais bien que tu aies pesé le pour et le contre de cette histoire. Moi-même, avec ma préparation d'athlète de jeux olympiques de l'amour, j'ai fait ma petite liste des points inconciliables.

Je t'ai tout déballé. Toutes mes peurs et mes doutes, quand j'ai senti dans le lit ta paume se poser sur ma taille. Je t'ai même demandé à quoi ça sert ? On avait déjà essayé à deux reprises dans notre histoire d'amitié et c'était décevant. Pourquoi recommencer ? Il me semble qu'avec les mêmes ingrédients on finit par reproduire la même recette, non ?

J'avais tellement brûlé de ne pas t'avoir exprimé toutes ces choses en quinze ans, mes incompréhensions face à tes méthodes et ton silence, le mystère de certains de tes comportements....ils me déboussolent, me font flipper parce que moi, je suis une parleuse, une fille qui ne sait pas mentir, je suis toute entière et j'ai besoin de creuser, sans cesse, vers la profondeur. Et malgré nos différences, nos manières de procéder, toi et moi on en arrive souvent aux mêmes conclusions sur les choses. C'est étonnant, je trouve.

Comme ce debriefing sur notre deuxième fois. J'ai cru que tu voulais pas t'investir, t'as cru que je voulais pas m'investir alors on s'est pas investis. J'ai cru que t'étais pas affectueux, t'as cru que j'étais pas expressive alors on s'est rien dits et on est restés distants et sans tendresse et on a très vite arrêté parce que du sexe pour du sexe, toi comme moi, on n'en voulait pas. Et quand on en a parlé, bien trois ans après, on était l'un en face de l'autre à se dire "mais je croyais que c'était toi qui...." et on a ri. En débiles que nous sommes. Tu vois, c'est ça quand on communique pas en amont. C'est juste la merde.

Et moi je ne veux plus présumer.

Alors, quand je t'ai demandé :
- "Tu voudrais quoi juste, toi, si t'avais pas à prendre en compte le désir de l'autre ?"
Et que tu m'as répondu doucement :
- "Je voudrais apprendre à te connaître. Je voudrais pouvoir découvrir quelle personne tu es dans l'intimité."
Ça m'a surprise et un peu touchée. Que tu désires continuer à apprendre à me connaître après quinze ans de soirées jeux, d'après-midi glaces, de calages en tailleur près des fontaines, ces partages de bouffe, ces binge watching et conversations geek, ces dépannages, des mois à dormir chez toi et tu me supportes encore, ces confidences, de quand on allait mal, même si retenues, ces débats enflammés, ces spectacles, de toi, de moi, t'as toujours été là et moi pas tant, parce que tu demandais peu, et pourtant, t'es pas parti en courant, t'es resté, la dernière fois que je t'ai invité pour un truc qui sentait le plan foireux tu m'as dit "je te fais confiance. Et en vrai, si c'est une occasion pour te voir, je viens." et quand je t'ai dit merci t'as répondu "merci de quoi ?" comme si tu voyais pas que t'étais adorable.

Quand tu m'as demandé ce que moi, je souhaitais, si je ne devais pas tenir compte de l'avis de l'autre, je t'ai expliqué que comme toi, avant tout, je ne voulais pas briser ce qu'on était déjà parvenu à construire et solidifier dans le temps et que j'avais envie de tendresse. De prendre mon temps, parce qu'ainsi, à tout moment, si l'on revenait sur nos envies et décisions, on pourrait s'arrêter dans notre course sans bavure parce qu'on roule à vitesse des plus raisonnables. Je me suis tellement précipitée par le passé. Une petite tornade d'amour, qui arrache quelques toitures sur son passage. Je veux pouvoir avancer les yeux ouverts. Parce que c'est tranquille. Que ça ne fait de mal à personne. Que ça tient compte de la vie qui nous reste.

Tu m'as demandé si pour l'instant je t'autorisais à être câlin devant nos amis commun.
Et c'est seulement là que j'ai réalisé que tu te projetais dans quelque chose de sérieux.

Et que j'avais pas vraiment anticipé ce genre d'éventualité...
Je croyais, au mieux, que ce ne serait pas pour tout de suite.

Je me rends compte qu'avec toi, c'est pas que j'étais pas emballée, c'est que j'avais fermé les vannes. Il y a longtemps, plus de dix ans, après la première fois. Je m'étais dit que de toute façon, t'aurais jamais d'autre intention que celle de jouer avec mon coeur. Mais on grandit, n'est-ce pas ? On n'a plus vingt ans. On s'émerveille pour d'autres qualités, d'autres valeurs dorénavant.
Et malgré ça, ce matin dans tes bras, c'est la jeune fille qui a palpité contre ta poitrine. Neuve et naïve. Je ne t'ai pas reconnu non plus. Tu étais si intense, tout en retenue. Je te sentais vibrer au rythme de mes inspirations, tu m'embrassais si doucement en me serrant si fort. C'était, une sensation d'antan. Quand on savait s'émoustiller d'une caresse.

Je n'aurais pas cru avoir attendu ce moment.
Pourtant, quelque chose en moi se libère.