lundi 3 février 2025

Déjà-vu

Je relis mes textes d'il y a dix ans. J'ai oublié tant de choses. J'ai tellement oublié ce que je ressentais il y a dix années que je découvre avec une surprise totale que je vivais déjà la même injustice à l'époque. Les mêmes épreuves et coups du sort. 

Ces hommes désolés de ne pas être capables de me donner l'amour que je méritais. Parce qu'ils en étaient dépourvus, cassés, brisés par la vie ou par un précédent espoir.
Moi qui romps les histoires alors que je suis clairement en train de me faire larguer. 
Et puis les autres hommes, qui disparaissent du jour au lendemain alors que tout était génial. 
Maintenant que je relis, leurs mots se rejoignent. Ils ont tous fuis par peur de l'intensité que j'éveillais en eux. A chaque fois, ils se sont sentis fascinés, et au lieu de profiter de la connexion, ont préféré s'en protéger. A chaque fois. 

Je vis inexorablement des relations avec des hommes incapables de m'aimer.
Et les hommes pour qui la rencontre fait naître une flamme malgré eux choisissent de s'en éloigner.

La vie est une pute ou quoi ? 

On est d'accord que c'est pas censé se passer comme ça à la base ? 

Est ce que je suis encore à l'âge où ma trajectoire d'existence peut drastiquement changer la donne ? 

Je sais pas. 
C'est triste.

Et ce qui est fou dans tout ça, c'est que je peux pas m'empêcher de ressentir envers toi cet émoi de mes vingt ans. Comme si je ne m'étais jamais découragée. Comme si j'étais toujours aussi forte, candide et insouciante. Comme si la douleur se contentait de me traverser sans jamais me cueillir. 

Je suis en train de tomber amoureuse toute seule, parce que tu n'es pas là pour le voir. 
Au point où je suis en train de me dire qu'une journée sans toi est une journée dans ma vie de perdue. Que c'est une journée qui n'a plus de sens. Que c'est du temps et des occasions que je gaspille sur la courte durée de mon passage sur Terre, à ne pas évoluer en ta présence, à ne pas grandir avec toi, partager l'expérience et les souvenir, et les projets, et...

Et je le sais. Tu vas t'enfuir, comme les autres. Surement. 
Je t'avais prévenue de l'éventualité.
Mais prévenir ne prémunit pas du résultat.
Je le sais.

Qu'est-ce que je peux y faire.




jeudi 2 janvier 2025

Famine

Je me souviens, ta voix m'a parlé tout de suite. 
Ton timbre, je ne pouvais pas ne pas te faire la remarque. Tu sonnes particulier. C'était intriguant. Tu vois, je n'ai peut-être pas les images en mon cerveau mais je me fais des orgies du ton que tu emploies, ta manière de poser les syllabes, la douceur du chant que tu projettes. Au son de ta voix, j'ai eu envie de te connaitre. Alors quand tu m'écris :

"Je te jure, parfois je relis les textes que tu as modifiés et je reconnais tes tournures de phrase. Et du coup je les lis avec ta voix. Puis je me dis que je suis complètement fou, donc je vérifie le document initial, et à chaque fois, le passage vient de toi."

...je me convaincs qu'on est probablement fous ensemble. 

J'ai envie de t'aimer si fort. 

J'ai envie d'y mettre tout ce que je n'ai pas pu donner durant toutes ces années. C'est horrible parce que j'ai accumulé un torrent d'amour à déverser et tu vas te faire embarquer par le courant, c'est sûr. Je ne veux pas te noyer mais. En fait si, je veux te noyer. T'inonder de ce que je ressens dans le présent. Je veux te submerger de toutes ces choses que tu fais naître en moi. 

Il y a de fortes chances que tu prennes peur comme les autres.
Malgré mes mises en garde. 
Que ton envie de tout envoyer valser pour moi te fasse flipper encore, malgré mes tentatives de te faire comprendre qu'on n'a rien besoin de détruire pour être heureux ensemble. 

Bien sûr que j'ai envie de t'aimer partout et en toutes circonstances. 
Mais je saurai me contenter de t'aimer juste. Dans la place qu'il me reste. Dans celle que tu me feras. Si tu es capable de rester honnête. Si tu te sens la force de m'assumer. Je veux simplement, la possibilité d'exister dans ta vie, parce que tu as déjà laissé ton empreinte dans la mienne. 

Je ne t'oublierai pas, comme je n'ai jamais oublié les hommes qui m'ont marquée de cette teinte là. 
Ils hantent encore mes rêves, bien qu'ayant décampé sans crier gare. C'étaient des lâches des sentiments, mais je n'arrive pas à vraiment leur en vouloir. Et c'est ce qui me perdra surement. 

Je te l'avoue, je n'ai pas l'intime conviction qu'ici il en sera autrement. Je ne crois plus en un destin favorable à l'amour. Mais tant pis. Je crève de le vivre. 

Je me contenterai des restes le temps qu'il faudra. 

mardi 17 décembre 2024

Charte en ébauche

Juste, je voulais pas aller dormir sans garder ça quelque part en mémoire. 
J'ai mis du temps à redescendre.
La douceur de ta voix. Cette douceur là qui prononce ces mots là.
- "Quand je suis avec toi, il n'y a pas un seul instant où je n'ai pas envie de te toucher."
Comme tu t'ouvres. 
- "Et comment on ferait en réunion pour qu'ils ne s'aperçoivent pas que j'ai besoin constamment de poser les yeux sur toi ?"
La phrase n'est peut-être pas exacte mais le contenu y est. Observer tes yeux pétiller quand je te raconte ce qu'il se passe tout au fond. Je le vois que tu te retiens de sourire. J'ai la même expression quand je me sens particulièrement connectée et en phase, et ce sourire, ça en est un de surprise. Tu me le diras ensuite, que cette partie là de mon récit t'as profondément touché. 
Je me souviens de nos mains quand tu comptais jusqu'à trois parce que je te demandais trois secondes pour assembler le fil de mes pensées. Je masquais ta main avec la mienne pour ne pas me déconcentrer mais, quand le trois s'est délié avec les doigts, ta main s'est ouverte, et il n'y avait plus que ma main au dessus de la tienne, et la furieuse envie de l'enlacer. Je crois que tu l'as senti aussi. Je crois finalement, que rester juste en face, ou à côté, est un sujet. Que c'est un effort, une intention consciente. Parce qu'instinctivement, tu as peut-être raison, c'est une lutte contre ces secondes perdues loin de toi. 

Tu m'avais prévenu de l'éventualité, mais on s'est aussi vraiment serré dans les bras pour la première fois. Les traces de ta paume contre ma colonne sont restées chaudes longtemps après ton passage. J'ai l'impression que tu es fou de moi. Depuis si longtemps, j'ai l'impression que tu m'aimes comme je pourrais t'aimer. Je t'en sens capable, mais tout est encore prématuré. 

Tu as raison sur ce point aussi, on n'aurait pas eu de contrainte, on aurait probablement passé radicalement tous nos jours ensemble. Et le fait de savoir que sur ce point, tu es aussi fou que moi, est une information qui m'apaise. 
Toi, tu as dit que cette conversation t'avais fait énormément de bien. Je suis contente, au moins, que tu ne regrettes pas cet effort là. 
Moi, je t'ai dit que ça me faisait bizarre. Parce qu'alors, c'était une déchirure de te voir partir. 

J'ai réclamé "encore" sur le pallier de la porte avant de t'enlacer à nouveau de toutes mes forces. J'ai pensé m'enivrer de l'odeur de ta nuque mais je n'ai pas voulu te manquer de respect. On s'est ensuite échappés de nos bras mutuels mais nos visages étaient si proches, alors tu as posé un baiser sur mon front avant de prendre la direction des escaliers. Tu ne voulais pas partir, je ne voulais pas que tu partes. Ces escaliers étaient un terrain de déception et d'ennui qu'il fallait se forcer à emprunter pour ne pas rester en marge, mais même après avoir fermé ma porte derrière toi, il m'a semblé une éternité avant que tu ne te décides à véritablement les descendre, et tout ce temps, à me retenir de te rappeler, de te sauter dans les bras, de m'abandonner totalement à cet élan qui hurle que je ne suis bien qu'avec toi, c'est faux, c'est faux en plus je le sais, mais tes départs, à chaque fois.

Tes départs me creusent le bide. 

lundi 2 décembre 2024

Mon sang de mes veines

Tu m'appelles "mon sang".
C'est marrant comme le "mon" se transforme en "le" dans les conversations publiques. 
Toi et ta manie de mettre de la tendresse dans les vannes les plus pouilleuses.

Je te ressens si fort. 
Ces derniers temps, mon cœur est constamment serré. 
J'ai besoin le soir de rentrer seule chez moi parce que ma phase d'endormissement t'appartient. Parce que j'ai besoin de cette heure là d'intimité pour exorciser mes élans. "Mon sang". On dirait un mot doux entre tes doigts. Tu peux pas savoir à quelle point être tienne à un endroit du vocabulaire me rend mièvre et duveteuse. Tes rappels me font fondre, tes attentions aux détails. Je sais que tu te couches avec moi.
Tu m'inondes de petits "hello" dans chaque recoin du quotidien. Pour dire que t'es là. Indirectement, pour ne pas que je t'oublie. 

Mais t'es tout le temps là. 

Tu ne sais pas comme ça se matérialise physiquement en moi. Ta présence a une masse. 
Et je n'imagine même pas dealer avec ton absence. 

Est ce que je suis en train de me faire mal ? 

T'as mis des chansons dans mon cœur. 
Mais.
C'est quoi la suite ? 
Est-ce que tu te sens comme moi ?
Toi aussi, tu vas finir par exploser de tout ce que tu retiens ? 


jeudi 28 novembre 2024

Un semblable

Qu'est-ce qu'il se passe en moi ? 
Je me sens sotte. Cette impression étrange de ne pas arriver à rassembler mon esprit dans ce genre de situations, répétées, perpétuelles, qui forment une boucle intemporelle sur mon chemin de vie, inlassablement. Je ne comprends même pas. Je suis pourtant bien là, je n'ai certes pas le beurre et l'argent du beurre et certes, on ne peut pas tout obtenir, et je trouve ça déjà largement suffisant, mais alors ?
Pourquoi je reprends ces mêmes schémas ? Pourquoi je revis les histoires ? Mon esprit m'échappe et je me retrouve à nouveau en mon cerveau durant des heures, immobile, à penser à toi.

A penser à un toi éthéré, au visage flou mais au timbre de voix inoubliable. Je nous imagine nous toucher, et mon mental se met sur pause lors d'un temps impalpable. Et je me réveille, de mes échappées belles en pleine journée, en me demandant où j'avais pu bien être, tout ce temps déconnectée de la vie, pour entrer dans la tienne. On ne s'est vus que deux fois, les deux fois, je me suis dit, physiquement rien ne passe, rien n'est inspirant, tu es à mes yeux un mystère d'insignifiance et pourtant, quand tu t'en vas, mon corps se met en pause et ma tête instantanément divague sur tes lèvres, tes mots, ton corps...c'est incompréhensible. Tout ce que je sais c'est que quand tu es là, je ne veux pas que tu partes.

C'est toujours le même frisson je pense. Toujours le même, dirigé vers le même type de personne. 
Un semblable. 
Quelqu'un qui pourrait me comprendre sans faire d'effort, parce qu'il est comme moi.
Je n'ai jamais cessé de rechercher l'espèce à laquelle j'appartiens. 

Je crois qu'on se repère.
Souvent, qu'on se fonce l'un sur l'autre. 

Et ça ne dure jamais. Et c'est ce qui est frustrant, ces gens là finissent toujours par disparaitre comme ils sont arrivés. Sur un malentendu ou un coup du sort, par miracle ou par mégarde, qu'importe, c'est d'un coup brut.

Et ça me dévaste.

Il est 03h30, mes yeux se ferment tout seul. Mais je voudrais te dire, Anne. T'imagines que c'est de l'amour. Tu rêves d'une forme absolue d'union, où chacun se sait et se reconnait. Mais c'est juste de la fascination. Toi t'as pas spécialement d'intérêts restreints, de passions ultimes qui recouvreraient toutes les autres aspirations non, toi, t'as des fascinations pour certains profils qui se transforment en obsessions, où leurs paroles deviennent ton air, leur voix ton rythme, où il te faut leur matière comme combustible pour alimenter ta journée, même si c'est anecdotique, il faut, que tu aies un peu d'eux partout où tu vas, comme un doudou, ces gens qui ne se douteraient jamais de l'effet qu'ils te font, même si maintenant, tu ne te retiens plus vraiment de leur balancer ta curiosité morbide.

Le plus bizarre dans cette affaire, c'est qu'ils répondent quand même souvent. C'est que tu lances des invitations beaucoup trop anticipées, déplacées, mais qu'ils se démènent pour trouver des raisons de venir. Qu'ils te déballent tout de suite l'objet de leurs secrets les plus intimes et qu'ils laissent filer le temps à nos guises malgré les programmes et les rendez-vous. Et quand soudain, bien que ça ne fasse que quelques heures qu'ils t'aient dit au revoir, leur absence devient insoutenable, tu reçois des messages qui te disent merci. Tu es la dernière chose qu'ils voulaient exprimer avant de s'effondrer de sommeil et là encore, ils reprennent quelques heures sur Morphée pour s'ouvrir davantage et s'endormir en pleine conversation dans tes bras métaphorique à toi, finalement.

Alors, ce n'est peut-être pas de l'amour. C'est l'euphorie de la découverte. L'impatience du partage. Mais c'est quand même rassurant de sentir son coeur se mouvoir de la sorte.

dimanche 10 novembre 2024

La vertu a un goût amer

Ce soir je reprends corps avec mes mots parce que je crois qu'il faut que ça sorte. 
Je ne sais pas comment expliquer tout ce chemin que j'arpente pour construire pierre après pierre les fondations de mes jours heureux. Chaque matin, à me demander si je fais les bonnes choses, ou du moins, si je fais les choses pour les bonnes raisons. Est-ce que mon contact avec la vie est sain ? Mes échanges avec les autres les rendent-ils globalement plus lourds ou plus légers ? Avec soin, je prends du temps à intégrer des réflexes émotionnels justes, qui n'éclaboussent personne de mon égocentrisme. J'apprends à communiquer sur ce qui est important, à reconnaitre mes faiblesses, à aimer mes qualités. A demander pardon. J'apprends à regarder. A trouver beau les gens. A leur exprimer. A veiller sur eux. Et en prenant de l'âge, à devenir un refuge. 

Je n'accueille plus toute la misère du monde, parce que c'est plus que ce que je peux encaisser. Je crois que l'altruisme dans son concept absolu est une forme de suicide personnel. Et qu'il ne donne à manger qu'aux parasites, avant de laisser les restes aux vautours. Je pense fondamentalement qu'une relation qui fonctionne est une relation d'intérêts mutuels compatibles. C'est à dire, ce que je recherche chez l'autre, l'autre peut et veut me l'apporter, et vice-versa. Simple, basique. Il y a des milliers de manières de formuler un intérêt pour autrui, par exemple : l'envie de rire, qu'on ramène du positif, de la magie dans un quotidien, de la sécurité matérielle ou émotionnelle, une famille, un projet commun, un sens, quelqu'un à rendre heureux, quelqu'un à qui se confier, etc.

Et après m'être épurée des relations toxiques, avoir fait des efforts pour me donner moi-même ce dont j'avais réellement besoin...j'avais enfin plus de temps, d'énergie et de volonté à accorder à ceux qui avaient été généreux envers moi. Aux candides. 

Je me suis rapprochée de ceux qui prenaient soin des autres.

Ca me donne toujours envie de rendre la pareille à ces personnes qui se donnent sans compter. Juste pour le plaisir de voir leur entourage sourire. Je crois que j'ai besoin d'être la justicière des bienfaiteurs de l'ombre. Mais c'est aussi parce que j'ai peur que leur pureté les annihile. 

J'ai rencontré quelqu'un comme ça.

Qui s'oublie. Mais qui fait des efforts pour se retrouver. A mes yeux, il reluit. Il reluit de toute la sueur qu'il perd à essayer. Etre témoin de sa croissance c'est comme être aux premières loges d'un événement unique, c'est un privilège. Il craint toujours de ne pas m'apporter assez mais personne ne m'a jamais apporté autant. C'est bizarre mais, il me donne l'impression d'être réellement utile à quelqu'un. Comme si moi, le long de mon existence, il l'avait remarqué. Comme si, il voyait que j'étais là. Comme s'il me voyait. 

C'est souvent les personnes qui ont l'impression de faire le b.a.-ba qui en fait défoncent tous les scores. Leurs valeurs sont tellement hautes, ils sont si consciencieux et responsables qu'ils ne se rendent pas compte à quel point ils sont 2% de la population à accorder autant d'attention aux choses.

Mais malgré tout ce que l'on s'apporte. Malgré le fait qu'on est de vrais partenaires. Qu'on se laissera pas tomber. Et c'est important, à nos âges, de savoir qu'on se laissera pas tomber parce que la chute est plus probable mais, malgré le fait que je me projette si simplement dans ton avenir et qu'avec toi, j'ai pas d'efforts à faire pour que ça marche tu vois, ce soir, je regardais sur YouTube un épisode de podcast où il y avait ce gars qui parlait de son histoire d'amour. Il expliquait qu'il l'avait attendue des années. Qu'il s'était déclaré au début de leur rencontre et qu'elle l'avait recalé à l'époque. Mais qu'ils étaient restés amis. Qu'il y avait une sorte d'alchimie qui les rapprochait inévitablement quand lui et elle étaient dans la même pièce et qu'un jour, plusieurs années après, elle lui avait laissé un message sur son téléphone : "va dans ta voiture". Sur son GPS, une adresse entrée, qui l'amenait à son restaurant préféré, où elle se tenait avec sa rose tout en lui confessant "je suis désolée que ça ait pris si longtemps". C'était une autre histoire aussi où il disait avoir une nuit écrit 16 pages recto verso à cette fille pour lister les raisons pour lesquelles ils devraient être ensemble et c'est pas si rare, j'ai bien un ami qui a fait tout un PowerPoint à son date pour expliquer pourquoi ce serait génial qu'ils soient en couple et ils le sont aujourd'hui et c'est con mais, à voir les gens sentimentaux et romantiques, j'ai les larmes qui me sont montées. 

Vivre l'amour de cette façon me manque. 

Je sens un vide dans ma vie. Qui me rend profondément terne. J'ai l'impression de vivre continuellement avec des bouchons enfoncés dans mes oreilles, où tout est atténué, où rien ne sonne vraiment, où les mélodies sont trop lointaines, impalpables. Je ressens cet acouphène intérieur, un bip qui couvre la beauté de la musique, une note invariable qui fausse les harmonies. Parce que ça sonne faux. Parce que c'est pas juste ! C'est pas normal de vivre sans romantisme. Moi aussi j'y ai droit. J'y ai droit, merde ! 

J'y ai droit. 

Quand je repense à mes premières amours, mes souvenirs sont emplis de passion, de beauté des gestes, de fantaisies romanesques, de preuves... De preuves que l'amour était là et était vécu. L'effusion des sentiments. Je comprends pas. Je comprends pas pourquoi tout s'est arrêté il y a environ 10 ans. Je comprends pas comment les gens se sont dit que c'était quelque chose dont ils pouvaient se passer. Que la souffrance engendrée ne valait pas le bonheur procuré. Qu'ils n'aient pas envie de redonner des chances à la romance. Que ça leur paraît plus tranquille comme ça. Eux et leurs petites satisfactions. 

Moi je me flétris de l'intérieur. J'essaie de m'adapter à mon époque, aux contextes. Je les connais aussi et je les affectionne les petites satisfactions. Mais j'ai une méga flamme. J'ai toujours eu une méga flamme dont la chaleur était gaspillée, j'ai une putain d'ardeur de vivre, de ressentir, d'aimer qui sert à rien dans ce monde de frileux aux cœurs meurtris qui ont peur de se lancer. Ca me désespère. Je crève de vivre l'amour encore une fois. Qu'on me laisse la chance d'être aimée par quelqu'un qui m'inspire. Ca peut pas s'arrêter comme ça juste parce qu'on est devenus matures. J'y crois pas. Moi je suis prête hein. Ca fait 10 ans que je suis prête. C'est long. 

C'est quand qu'on appelle mon nom. 

dimanche 13 novembre 2022

Une place vacante

 Gros spleen sur le chemin du retour.

Est-ce qu'il existe ici quelqu'un pour moi ? 

Mes exigences sont-elles irréalistes ? Pourtant, j'ai l'impression de demander quelqu'un d'un peu comme moi, c'est tout. Est-ce que j'ai un profil trop particulier pour trouver un semblable ?

Toute ma vie j'ai essayé de trouver quelqu'un qui me ressemble. Quelqu'un qui puisse comprendre.

Je veux bien également me contenter d'une complémentarité. Et qu'on s'équilibre nos faiblesses mais, souvent, c'est juste moi qui m'adapte. Aujourd'hui, je veux qu'on fasse le pas vers moi aussi. Est-ce trop demander ?

J'ai l'impression d'avoir acquis avec le temps et l'expérience, les moyens et les compétences de rendre un partenaire heureux.

J'ai construit, embûches après embûches, des parades pour désamorcer les blocages émotionnels et de quoi ne pas alimenter les dépendances affectives. J'ai développé des outils personnels de communication afin de comprendre le langage de l'autre, identifier et répondre de la manière la plus juste aux besoins de chacun. J'ai compris quand être là, et quand laisser de l'espace. Je sais entendre et attendre. Sans faire peser à autrui le poids de ce que je ressens, du mieux que je peux. Je sais être créative, affectueuse et positive. Et je suis putain de drôle, bordel.

La dernière fois que je discutais avec toi, tu me disais que de ton point de vue, tu serais probablement le pire petit ami que tu pourrais te souhaiter, voire que tu pourrais souhaiter au monde. J'avais réfléchi un instant avant de te répondre qu'en toute objectivité, de mon côté, je sortirais bien avec moi-même. T'avais rétorqué que selon nos personnalités respectives, ça faisait plutôt sens. Enfin, un truc du style. Je ne me rappelle plus de l'idée exacte, c'était surtout que t'avais pas l'air plus étonné que ça.

J'avoue que dans les relations sentimentales, je trouve que je suis une meuf plutôt cool. Mes pensées peuvent crépiter et partir en couille à des moments inopportuns mais en général, ça déborde pas du cerveau. En bout d'une suractivité émotionnelle, une flopée de sas de décompression. Parce que c'est un peu le but de la vie, d'apprendre à gérer les aléas.

Je ne sais pas où tous ces mots me mènent. A une injustice que j'intériorise depuis longtemps, sûrement.
La sensation d'avoir passé du temps à construire un jardin intérieur riche et haut en couleur dans l'espoir d'un jour y rendre ce lieu accueillant et ressourçant pour certains, pour finalement se rendre compte qu'un jardin intérieur, comme son nom l'indique, c'est quelque chose pour soi. Pour se rendre heureux soi. Et c'est beau mais c'est comme les rêves, ou les voyages en solitaire. C'est une richesse qui n'est pas directement partageable.

Et c'est comme ça. Ça rend les instants précieux.
Précieux et terriblement mélancoliques.

lundi 7 novembre 2022

En dessous de ta voie lactée

Evidemment, je me suis mise à réécouter ta musique.
C'était prévisible. J'usais déjà de ce stratagème quinze ans en arrière pour compenser ton absence.
T'as jamais su, je pense. A quel point je connais tout par coeur. A quel point ces notes là, elles sont intégrées.

Quand la dernière fois je t'ai confié à quel point j'avais été mystique dans ma jeunesse, t'as ajouté : "C'est pour ça que tu chantais si bien !". Comme si ma voix touchait à un autre degré. C'est aussi un truc que tu m'as dit quand on s'est avoué nos attirances respectives, que moi qui chante, c'était de ces images hypersexualisées de moi que tu avais gravées en tes rétines. J'avais été émue de voir que c'était ce genre de moments qui t'avaient marqués dans nos rencontres. Pas les phases de jeu, des moments où j'étais moi-même.

Le point positif, c'est que je me suis remise au piano.
Tu m'as toujours fait ça. Tu m'as toujours donné l'envie de m'améliorer.
Je trouve ça dingue, l'admiration mutuelle. Parce que, de mon côté, je la comprends pas. Quand je te regarde avancer, quand je t'entends réfléchir, quand je m'étonne d'être le témoin de ce que tu rends beau au quotidien dans tes actes, ta façon de penser, de créer, dans le travail fastidieux que tu entreprends ou juste, d'observer le chemin que tu as accompli jusqu'ici, c'est sûr, je veux en être, moi aussi je veux faire partie du voyage ! Avec toi, on ne va jamais s'ennuyer, c'est une certitude. Quand je t'ai en face de moi et que t'allumes toutes ces étoiles dans mes yeux, je me sens si petite sous cette voie lactée là. J'ai du mal à intégrer que moi aussi, je brille.

Alors, je t'en prie, continue de ressortir mes phrases d'il y a quinze ans mot pour mot. Continue de me prouver que même quand j'étais pas là, j'ai influé un peu sur les décisions de ta vie. J'ai pas encore bien compris comment j'avais compté pour toi ni quelle était la substance réelle de ce que tu avais gardé, mais j'ai compris que j'avais compté.

Pour l'instant, on va dire que ça calme le cœur.

Un gouffre à l'intensité

C'est toujours un certain mystère, ce que tu me laisses, après ton départ. J'ai l'impression que le gros du travail se fait en aval, une fois que t'es plus là. Que ce qui est palpable, c'est la différence entre les perspectives que tu m'ouvres et la difficulté à reproduire ces possibilités là en dehors de toi. C'est ce qui a fait, je pense, que je t'ai couru après durant des années, alors que tu n'étais qu'un fantôme et que malgré ma raison, l'idée de te rayer de mon esprit restait inconcevable.

Je pense que la réflexion, elle est partie de notre discussion de la dernière fois. Où tu me disais, non Anne, tu ne pourras jamais réalistement être à 100% de tes capacités avec quelqu'un et surtout, ce n'est même pas sur que l'éventualité te soit profitable, ni saine à terme. Et je comprends bien que mon paradigme est idéaliste. Mais l'illusion de la perspective me suffit, je crois. Ces dernières années, je me suis trop souvent sentie bridée par l'autre. Autant parce que je ressentais que l'autre n'était pas apte à recevoir ce que j'avais à lui donner (que ce soit en terme d'amour, d'attention, de compétence, de collaboration), mais aussi à l'inverse, je ne trouvais pas de répondant, je ne voyais pas en l'autre la possibilité d'un partenariat où je pourrais moi aussi développer mon potentiel. Je ressors de mes dernières relations sentimentales avec un goût de trop peu, d'inachevé voire de gâchis. Où à chaque fois je me dis, c'est dommage. Plus j'avance dans la vie, plus je prends conscience que je suis limitée dans mes réalisations quand j'essaie de construire de bout en bout quelque chose par moi-même. Mon désir, il part de la fusion de mes ambitions d'existence avec la prise de conscience de mes limites humaines. J'ai envie de construire quelque chose avec quelqu'un. Et au delà de ce fait basique, j'ai besoin d'imaginer concrètement que j'en ressortirai fortement grandie. Que ce sera le point central d'une expansion personnelle. Très probablement un autre moyen d'échapper à la mort, quand on y pense.

Avec toi, à chaque fois, c'est ce que je ressens. Non seulement je ressens une connivence, une connexion mutuelle d'un degré rare et c'est une constatation pragmatique : on est chacun muni des outils adéquats pour se comprendre mentalement. Le coeur certes, c'est une autre histoire. Mais c'est déjà beaucoup et ça n'a été qu'exceptionnellement atteint au cours de ma vie. Les occasions, je les compte sur les doigts d'une main. D'une main amochée, même. Mais aussi, avec toi, j'ai l'impression que c'est toujours possible. Que les idées saugrenues de mon cerveau, t'es partant pour les matérialiser. Que tu perçois les enjeux, sans que j'aie besoin de me justifier. Je sais pas si tu fais semblant. Que tu t'emballes parce que c'est un jeu pour toi, parce que c'est ludique, de projeter. Et c'est là que mon besoin de perspectives, il entre en collision avec ta recherche de stimulation. C'est qu'il se satisfait déjà d'une illusion.

Alors, j'y vois bien un autre paramètre.
Je pensais à ça hier soir. En sortant de cet après-midi en compagnie d'un ami de longue date et de sa gamine qui balance d'un regard espiègle "Papa il m'a dit qu'il était amoureux de toi !" avant de rire nerveusement du mauvais coup qu'elle a fait à son père, tout en vérifiant qu'il ne s'énerve pas trop, et lui qui ne sait absolument plus où se mettre et c'était très bizarre parce que je le connais sans gêne, ni même pudeur pour ce genre de sujets, d'ordinaire. Je pensais à ça hier soir, aux personnes à qui j'en ai fait baver, dans ma jeunesse. Aux relations qui sont restées en suspend pour les autres. Notamment parce que j'y avais mis un stop très franc avant qu'elles n'existent réellement, tout en ayant montré en quelque sorte une bande annonce de ce que ça aurait pu être. Ça n'est arrivé je pense qu'un couple de fois mais à chaque fois, quand il n'y a pas eu concrétisation des espoirs, c'est comme si l'autre avait mis pause l'histoire et qu'il en était resté là où on s'en était arrêté : à l'horizon des possibles. A l'endroit où l'imagination est la plus tordue envers soi-même. Il n'y aura jamais de conclusion au désir alors le cerveau comble le vide par le fantasme. On a si peur du vide et de l'absence de sens qu'on le recrée. On fait tous ça.

Je me rends compte que les personnes qui m'ont le plus romantiquement aimée ont eu à faire aux relations les moins partagées. Aux instants les plus cruels et insensibles que j'avais à offrir. Que ces instants, qui datent pour certains de bien vingt ans, s'accrochent à eux encore aujourd'hui. Qu'il y a des hommes qui m'ont follement aimée en secret pendant plus d'une décennie et que c'est précisément ces hommes que j'ai par le passé, fait souffrir.

Je n'écris pas ça pour poser un point de vue moral sur la chose. On a tous déjà été le bourreau ou la victime de quelqu'un.

Le trauma crée un gouffre à l'intensité.

Je le savais bien sûr, mais les événement récents de la vie ne cessent de rappeler à mes lèvres cette question.
As-tu été un trauma pour moi ?

Est-ce qu'elle vient uniquement de là, l'intensité ?
Est-ce que les perspectives qui s'ouvrent à moi ne sont que le fruit de mon cerveau qui recrée du sens ?
Est-ce que dans le fond, ton absence, elle n'est pas davantage représentative de ce que tu as réellement à me donner ?

dimanche 23 octobre 2022

Comme une herbe folle qui craquèle le béton par la rage de vivre

Je ne sais même pas si j'ai le droit d'être en colère. Si cette boule au ventre, elle a la légitimité de sa place. Je ne sais pas parce que comme d'habitude, tu ne donnes pas de nouvelles. Je n'ai ni les éléments, ni les informations. Je n'ai rien sur quoi baser un quelconque jugement. Juste, cette boule, qui grandit, devient lourde et amère au fur et à mesure que les chemins se desserrent, que les intentions se désengagent d'une direction semblable.

Je ne comprends décidément pas comment tu fonctionnes.
J'avais l'impression que ce qu'on a vécu là, c'était un peu magique. Et que, malgré les emplois du temps chargés, on restait toujours à une seule rue d'écart. J'aurais cru, comme moi, que l'envie de me serrer aurait été plus forte, j'aurais pensé que t'aurais cherché à capter mon sourire l'espace de cinq minutes, le temps d'un café, l'instant d'un regard échangé, plutôt que le silence.

Le lendemain par message, après avoir compris mon enthousiasme, tu m'écrivais "ouf, j'ai réussi mon audition". C'est dingue. C'est comme si tout ce temps t'avais préparé ton entretien d'embauche pour ce poste dans mon coeur. Et qu'une fois les délibérations établies et ta place approuvée, tu ne te présentais pas sur ton nouveau lieu de travail.

Je ne te comprends pas mais je veux te demander, pourquoi tu es toujours si impliqué, puis tu disparais. Pourquoi c'est si fort à chaque fois et que naturellement, ça ne te vient pas à l'esprit d'entretenir ce lien. Je ne comprends rien. Je suis si bouleversée. A chaque fois. Tu retournes ma vie, tu laboures mon quotidien. Puis tu me laisses en jachère. T'as méticuleusement tout mis en place pour que ça marche, puis tu te casses comme si c'était pas toi qui l'avait demandé. Comme si c'était pas utile, que t'en voulais pas.

En fait, je percute pas comment ce qu'on a vécu tous les deux ce soir là n'a pas créé l'envie en toi.
A peine quitté, ton corps en transit en salle d'embarquement, tu m'écrivais : "Moi aussi je voyage avec un goût de reviens-y."
Et depuis, c'est comme si tu n'étais jamais rentré.
Tes mots prononcent "à bientôt" comme s'ils voulaient dire "au revoir".

Et moi, en t'attendant, je suis défaite. Décomposée. Je suis si lente à démarrer. Si difficile à freiner par la suite. T'as fait tout ce chemin pour me cueillir mais t'en fais rien et ça me rend barge.

Je ne comprends pas, il n'y a rien de cohérent dans tes attitudes. Quel est le sens ? Et tous tes mots...
Pourquoi ?
Pourquoi tu me fais ça ?
C'est si cruel.

Je n'arrive plus à fonctionner correctement.
Tu débarques comme une fleur, juste le temps de ranimer mon coeur. Et tu le piétines.
A l'intérieur, si tu savais le massacre que tu es en train de commettre. Je t'en veux. Tu m'as fait ça à chaque fois. Pourquoi. Pourquoi tu t'acharnes sur moi de la sorte. Pourquoi tu m'as pas laissée tranquille ? Après toutes ces années à tenter d'effacer les marques de ta lumière en mes souvenirs, tu reviens une fois que j'ai bien fini le travail et encore une fois, tu le saccages ? Tu n'as donc aucun respect pour ce que je peux ressentir ? Tu crois qu'avec moi c'est du libre service ? Que c'est buffet à volonté ? Que tu peux tout prendre comme ça, parce que tu avais faim ?

Je suis si révoltée. Ton attitude insensible et inconséquente est en train de me créer de vrais traumatismes. Et en plus, je sais déjà comment ça se termine.

Je le sais déjà, parce que je l'ai vécu un million de fois. Tu vas réapparaitre de nulle part, ou par l'intermédiaire d'un de mes proches à qui tu vas demander de mes nouvelles.Tu vas sommairement te justifier, en donnant des explications claires qui font sens, puis tu feras réopérer la magie d'une rencontre avec tes mots, tes actions et pensées éclatantes. Alors, je te pardonnerai. Parce que toi en face, il m'est impossible de croire en ta nuisance. Et comme à chaque fois, après toutes ces choses en moi que t'auras fait briller, naitra l'espoir. Et avec, l'envie d'assister tous les jour au miracle de ton existence. Comme si, c'était la seule chose pour laquelle j'étais faite. Envers et contre tout ton poison, tes disettes et ton égocentrisme. Tant pis. Comme une herbe folle qui craquèle le béton par la rage de vivre, j'irai craqueler ton cœur par la rage de t'aimer. Et si ta carapace est trop solide, je n'aurai pas le choix. Je m'en irai mourir dans un coin d'obscurité, desséchée par tes promesses vaines et arides et ce sera la fin d'un souffle court.