Qu'est-ce qu'il se passe en moi ?
Je me sens sotte. Cette impression étrange de ne pas arriver à rassembler mon esprit dans ce genre de situations, répétées, perpétuelles, qui forment une boucle intemporelle sur mon chemin de vie, inlassablement. Je ne comprends même pas. Je suis pourtant bien là, je n'ai certes pas le beurre et l'argent du beurre et certes, on ne peut pas tout obtenir, et je trouve ça déjà largement suffisant, mais alors ?
Pourquoi je reprends ces mêmes schémas ? Pourquoi je revis les histoires ? Mon esprit m'échappe et je me retrouve à nouveau en mon cerveau durant des heures, immobile, à penser à toi.
A penser à un toi éthéré, au visage flou mais au timbre de voix inoubliable. Je nous imagine nous toucher, et mon mental se met sur pause lors d'un temps impalpable. Et je me réveille, de mes échappées belles en pleine journée, en me demandant où j'avais pu bien être, tout ce temps déconnectée de la vie, pour entrer dans la tienne. On ne s'est vus que deux fois, les deux fois, je me suis dit, physiquement rien ne passe, rien n'est inspirant, tu es à mes yeux un mystère d'insignifiance et pourtant, quand tu t'en vas, mon corps se met en pause et ma tête instantanément divague sur tes lèvres, tes mots, ton corps...c'est incompréhensible. Tout ce que je sais c'est que quand tu es là, je ne veux pas que tu partes.
C'est toujours le même frisson je pense. Toujours le même, dirigé vers le même type de personne.
Un semblable.
Quelqu'un qui pourrait me comprendre sans faire d'effort, parce qu'il est comme moi.
Je n'ai jamais cessé de rechercher l'espèce à laquelle j'appartiens.
Je crois qu'on se repère.
Souvent, qu'on se fonce l'un sur l'autre.
Et ça ne dure jamais. Et c'est ce qui est frustrant, ces gens là finissent toujours par disparaitre comme ils sont arrivés. Sur un malentendu ou un coup du sort, par miracle ou par mégarde, qu'importe, c'est d'un coup brut.
Et ça me dévaste.
Il est 03h30, mes yeux se ferment tout seul. Mais je voudrais te dire, Anne. T'imagines que c'est de l'amour. Tu rêves d'une forme absolue d'union, où chacun se sait et se reconnait. Mais c'est juste de la fascination. Toi t'as pas spécialement d'intérêts restreints, de passions ultimes qui recouvreraient toutes les autres aspirations non, toi, t'as des fascinations pour certains profils qui se transforment en obsessions, où leurs paroles deviennent ton air, leur voix ton rythme, où il te faut leur matière comme combustible pour alimenter ta journée, même si c'est anecdotique, il faut, que tu aies un peu d'eux partout où tu vas, comme un doudou, ces gens qui ne se douteraient jamais de l'effet qu'ils te font, même si maintenant, tu ne te retiens plus vraiment de leur balancer ta curiosité morbide.
Le plus bizarre dans cette affaire, c'est qu'ils répondent quand même souvent. C'est que tu lances des invitations beaucoup trop anticipées, déplacées, mais qu'ils se démènent pour trouver des raisons de venir. Qu'ils te déballent tout de suite l'objet de leurs secrets les plus intimes et qu'ils laissent filer le temps à nos guises malgré les programmes et les rendez-vous. Et quand soudain, bien que ça ne fasse que quelques heures qu'ils t'aient dit au revoir, leur absence devient insoutenable, tu reçois des messages qui te disent merci. Tu es la dernière chose qu'ils voulaient exprimer avant de s'effondrer de sommeil et là encore, ils reprennent quelques heures sur Morphée pour s'ouvrir davantage et s'endormir en pleine conversation dans tes bras métaphorique à toi, finalement.
Alors, ce n'est peut-être pas de l'amour. C'est l'euphorie de la découverte. L'impatience du partage. Mais c'est quand même rassurant de sentir son coeur se mouvoir de la sorte.