mardi 12 août 2014

Des insignifiances

J'avais dit que je les posterais pour exorciser.
Voici les fœtus de mes remous internes, les fausses couches de mes élans à l'expression.
Maintenant qu'ils sont là, à la vue de tous, leur existence prend vie.
Et fin dans un même temps.
Et ça soulage.


08/07/14
J'ai des milliers de je t'aime qui se perdent en mes oreilles internes.
C'est bizarre de ressentir simultanément ces "je suis tellement bien comme je suis" et ces "il me manque terriblement".

24/07/14
-Il est comment ton copain, Anne?
- Il est beau.

Long silence à la tablée familiale.

- Alléluia!

29/07/14
Tu l'appelais princesse aussi.
Lorsque j'ai vu ce terme défiler dans tes textes de jeunesse, je n'ai pas pu m'empêcher de ronchonner un peu quant à la redondance. Tu m'as dit, c'est rare que j'appelle quelqu'un comme ça.

Effectivement, ça l'était. Tu l'appelais princesse aussi. La seule fille à qui tu penses encore, pour qui il te reste des regrets. Qui sait, tu la confondais peut-être avec moi.

lundi 11 août 2014

Comme un voeu à l'étoile

Une embuscade.

Après m'être enfoncée au fin fond du trou paumé de la ville et avoir monté les deux étages du bâtiment, j'entends l'aspirateur gronder de l'autre côté de la porte. Étrange, vu que l'après-midi jeux tant vantée aurait déjà dû commencer une heure et demi plus tôt. J'entre. Nous sommes bien seuls. Deux sur cinq. Les survivants. Pas d'argentin. Pas d'ami joueur de go. Lâchement abandonnés à notre sort. Pour couronner le tout, c'est eux qui devaient amener la plupart du matériel. Nos amis communs étant ceux qui ne sont pas venus nous nous retrouvons donc à deux inconnus, avec trois pauvres jeux, et tout le temps pour apprendre à se rencontrer.

Un mariage arrangé?

Come on. Qu'est-ce que c'est que ce bazar. Au fond de moi, je suis en colère. A l'extérieur, ça me fait rire, ces situations burlesques. Mais quand même. Je suis sûre que son excuse pour ne pas être là, elle était bidon. Et forcément, je ramène tout à moi. Je pense qu'il n'était pas au courant, qu'il n'avait pas envie de me voir, me donner de faux espoir, ou même qu'il était en meilleure compagnie ailleurs. Ailleurs.

Petits pincements au cœur.

Pas si grave, il y avait du pain d'épices maison pour me consoler. Et croyez-le ou non, cette après-midi jeux s'est transformée en condensé de souhaits formulés à la Terre et exaucés dans l'instant présent. Après des parties endiablées de Carcassonne, vers les vingt heures, sa couchsurfeuse italienne est arrivée. Nous avons commandé une pizza et pris la route direction la mer. Tout au bout des roches blanches, guidés par une lune pratiquement pleine, observer les perséides. Peine perdue, l'astre nocturne rayonnait trop puissamment. Dans ce ciel encore éclairé, une étoile filante, seulement. Elle fait écho à la première de la saison qui s'est révélée à moi, cette soirée là. Quand je lui avais avoué que je ne m'étais jamais allongée sur ma terrasse de la sorte, il m'avait demandé s'il y avait d'autres choses que j'aurais eu envie de faire, comme ça. Je lui avais répondu, monter sur mon toit. On s'était promis. Comme un vœu à l'étoile. Qu'un jour, on irait les regarder ensemble du haut de la ville.

Pas d'étoiles filantes cette nuit, mais un bout d'arc-en-ciel lunaire.
Ce n'était peut-être qu'un halo assez lointain et large pour faire illusion.
Mais on a encore le droit de croire en la possibilité que l'on préfère.

Finalement, je me suis laissé embarquer par le maître de maison et son invitée italienne, pour une randonnée au pied levé jusque dans les cimes. On m'a prêté des chaussures de marche, et même si elles n'étaient pas vraiment à ma taille, c'était la première fois. Que j'allais dans les bois, les collines, les rochers avec des chaussures adaptées. Renaissance. Extase de pouvoir avancer légère, en confiance avec un appui réel, une prise dans le sol. Soudain, j'avais des ailes, je gambadais devant. C'était si facile! Moi qui aimais tant marcher, mais qui n'étais jamais à l'aise dans les conditions requises. Je l'étais. Cette fois-ci, je l'étais. J'avais bien moins peur des descentes. J'escaladais avec plaisir, sans craindre la semelle glissante. C'est là que je me rends compte que ce n'était pas une question de compétence chez moi, mais d'outil. Et les barrières, elles n'étaient que matérielles. Perchée sur la roche, au sommet, et le vent transperçant ma peau humide, j'avais cette vue à 360 degrés sur l'horizon. La mer en face, et toutes ces petites îles mystérieuses qui se forment. Je repensais inévitablement à l'argentin et moi face à la mer, à moitié nus sur les rochers, lui s'exclamant en pointant du doigt un lointain carré "je veux grimper sur ce chateau, là" "la dernière fois je suis allé le visiter mais il n'était pas accessible, il faut l'escalader. Viens Anne, allons passer la nuit là-bas, allons escalader le château fort!". Il me demandait souvent si j'aimais escalader. Si je voulais bien monter avec lui. Je croyais pourtant que c'était pas mon truc, tout ça.

C'est con. On parlait de tout un tas de projets. Mon petit potager et la permaculture. Quand je suis rentrée chez moi aujourd'hui, les jardinières et clôtures en bois venaient d'être livrées. C'était une après-midi jeux mais c'est qu'on avait un jeu rien qu'à nous à inventer et construire ensemble. On venait à peine de commencer. Et l'Italie, je ne fais que croiser des italiennes et des lieux de séjours qui s'ouvrent à moi mais, je voulais partir avec lui.

Je voulais partir avec lui.

Mes vœux s'exaucent peu à peu.
Reste le facteur manquant.
Celui qui fait qu'on s'en réjouit qu'à moitié.
Mes vœux s'exaucent mais ne se partagent jamais vraiment.

Des vœux à partager...
Est-ce que c'est pour moi?

Ne devrais-je pas me réjouir de ce que j'ai déjà?


Blackbird by Brad Mehldau on Grooveshark

vendredi 8 août 2014

Renaître encore

Ciel bleu sur ma terrasse.
Douce chaleur, mes fleurs ont éclos et grandi en mon absence.

Je viens de recevoir un appel d'un numéro inconnu. Un ami de l'argentin qui m'invite à une de leurs après-midi jeux demain. On sera cinq. Il sera là. Comme ce dernier ne leur a pas dit qu'on était ensemble (bien que la dernière fois, ils l'aient sûrement deviné), il ne leur a certainement pas dit non plus qu'on s'était séparés.

Ce n'est pas grave.
Ça me fera plaisir de le revoir en petit comité, comme ça.

J'essaie de ne pas penser à l'éventualité qu'il soit l'instigateur de cette invitation.
Tout à l'heure, dans une fin de journée ensoleillée, mes pas me dirigeaient vers ses endroits, le chercher du regard. Croiser des vélos et imaginer, une seconde, qu'il serait là. Que nos routes se croiseraient une nouvelle fois.

Je me suis sermonnée.
"Anne, tu n'as besoin de personne pour te sentir vivre. Tu n'as pas besoin de croiser qui que ce soit pour donner à ce jour un sens."
Cette nécessité d'agir en fonction de me déraisonne.

Alors j'ai avancé.
Les yeux droit devant.

Peut-être que le but aujourd'hui, c'est d'agir pour soi-même.
Je pensais avoir passé cette étape il y a fort longtemps.
Mais j'ai probablement oublié comment on faisait, depuis le temps.

Dans cette forêt, je ne l'ai pas évoqué de la semaine.
Quelques minutes seulement sur le trajet retour.
Je savais bien que de retour chez moi, ses affaires encore à la maison, je n'y échapperais pas.

Mais ça va.
Je n'ai pas envie de me laisser aller à la déprime.

Alors à la place, je récure. Je range, je frotte. Je mets de l'ordre dans ma vie et dans mes pensées.
Dans ma boite aux lettres, des petits cadeaux de l'existence.
Dans ma boite mail, l'éditeur qui écrit que le rendu sonore et visuel est au delà de toutes ses espérances. Des sourires.
J'en ai abandonné quelques-unes moi, des espérances.
Pour la bonne cause.

J'ai tous ces articles qui parlent de lui, commencés et jamais finis.
Je pensais avoir tout le temps de les écrire. Parce que cette histoire, malgré les contextes, elle était faite pour durer. Pour moi. Seulement pour moi.
Je vais les poster en vrac.
Comme ça j'aurai également fait le ménage en ma mémoire.
Mes brouillons ne seront plus hantés par son fantôme et je pourrai tirer un trait sur les aléas.
Renaître.
Et renaître.
Et renaître encore.

vendredi 1 août 2014

J'suis toute nue sous mon pull, etc.

Dernière ligne droite avant le départ.
Une semaine dans la forêt, où il m'est donné de faire un travail spirituel dans le service aux autres.
Dernière ligne droite sur ma terrasse alors que la nuit tombe doucement.
Je me sens confiante.

J'ai du mal à penser que tout ça soit un hasard, que mon histoire se termine juste avant ce départ là.
Et comme ce voyage, prévu des mois à l'avance, ne peut être qu'une initiative positive, je conclus que ce qui le précède et ce qui en découle également. Si tout ça, ce n'est que du positif... Je n'ai plus qu'à me réjouir!

Depuis quelques temps, je cicatrice vite.

Je vois les choses autrement, aussi.
Elles ne sont plus autant ces coups de poignard assénés dans le ventre, alors que mes bras étaient grands ouverts, prêts à accueillir.
Je comprends l'amour à travers les épreuves.
La bienveillance de la vie qui, de concert avec mon moi profond, souhaite m'aider à grandir.

Et quand c'est un peu difficile, je m'arrête.
Un instant, je bois un thé, m'accorde une douceur.

Sous ma petite robe, pour aller à la boulangerie, j'étais toute nue.
J'étais toute nue face à l'autre, et je n'avais pas peur.
Sans filet.
Sans protection.

Sans menace ni danger.

C'est peut-être ça au fond.
Pourquoi avoir si peur de se découvrir?

Dans tous les sens du terme, bien évidemment.

Je voulais aussi remercier les personnes qui passaient par là.
Vous avez des mots qui ressemblent à de l'amitié.
On ne se connait pas. Le réconfort, la bienveillance gratuite, comme ça, je ne sais pas ce que ça vaut.
Mais je le sens.

Ce sont mes petits trésors à moi.

Une vie de merde oui, mais une belle vie de merde

J'aurais dû comprendre ce qui m'attendait lorsque dans les escalators ce papi s'est tourné vers moi, me lancer avec un visage lumineux :

- La vie est belle!

J'aurais dû le comprendre, avec toutes ces personnes dans la rue et leurs phrases positives et encourageantes sur mon sourire, ma beauté, ma façon d'être, comme ça, déposées en offrande à mes chevilles enflées.

J'aurais dû comprendre que ça allait être une journée de merde.

Mais j'ai rien vu venir.

Entre tous ces aller-retour pour rien, ces objets à rendre qui compriment les doigts, les chaussures bousillées par les rayons du vélo, le sac défoncé par le cambouis de la roue arrière, le résultat du dépistage pas entièrement clean et mes règles proches anéantissant ma capacité à encaisser les aléas, je pensais pas qu'il choisirait ce moment là. A l'ombre d'un parc, après avoir posé ses doigts d'une bienveillance sans borne le long de mon échine rouillée, pour me quitter. Pour m'annoncer que ça fonctionnait pas. Vous savez, les termes du contrat. Qu'ils n'avaient pas changé de son côté. Qu'il avait toujours autant besoin de légèreté, d'une relation qui coule. Et qu'avec moi, c'était rugueux. Ça frottait. Qu'il ne voulait pas ça. Pas aujourd'hui, ni dans ces conditions là. Qu'il ne voulait pas se forcer.

Il m'a posé tout ça comme un doute, une question m'étant adressée. Qu'est-ce qu'on fait, Anne?
- Fais ce que tu penses être bon pour toi.
Évidemment.

C'est vrai qu'il se forçait de temps en temps.
Pourquoi faisait-il ça?
Il disait souvent qu'il y avait un décalage entre lui et moi. Dans les attentes, la manière d'envisager une relation, c'est sûr. Dans la façon d'aimer. Qu'il lui fallait en moyenne un an et demi pour tomber amoureux. On en riait. On s'en moquait, parfois. Mais il disait aussi qu'il n'avait jamais ressenti autant d'intensité avec quelqu'un. Ce genre d'alchimie là. Il disait qu'il commençait à y avoir une fissure dans le grand mur qu'il s'était forgé. Que si je regardais au travers, je serais sans doute satisfaite de ce qui se tramait derrière. Il disait que ça ne le dérangeait plus tant que ça, si on devait tomber amoureux. Il disait que bien qu'il ait peur de ne pas avoir fini son deuil, qu'il craigne ce que cela implique, il avait envie de partir en voyage avec moi. Qu'il avait envie de me découvrir. Que je l'intéressais. Que je le fascinais. Que je l'attirais. Que je lui faisais peur.

J'ai un peu pleuré dans ses bras.
Environ un dixième de mes larmes retenues.
Puis, doucement, nous sommes rentrés côte à côte. Un vélo entre nous.
On a fait quelques blagues sur le trajet.
Et quand on parlait pas, je me mordais les lèvres.

On s'est dit au revoir à un carrefour.
Il m'a dit "prends soin de toi".
J'ai eu envie de marcher, au lieu de prendre le métro.
Au bout d'un moment, je me suis rendu compte qu'on avait pris la même route, et que je le voyais s'éloigner dans la circulation, petit à petit.
Je me suis arrêtée à un escalier, y faire dévaler mes lourds sanglots.
Je ne sais d'ailleurs pas pourquoi c'était si lourd.

Parce que j'y ai cru?
Parce que je ne m'y attendais pas?
Que je croyais avoir encore le temps de faire émerger ce qui était important à l'histoire?
Que je le trouvais parfait pour mes déboires? Qu'on avait les mêmes valeurs, mêmes manières d'aborder la vie? Qu'il me plaisait? Qu'il me faisait plus rire que n'importe qui?

La veille, je lui avais confié "je crois que j'ai peur que tu me laisses".

Et puis, on s'était vus quatre jours d'affilées. Un record pour lui.
Il avait été là quand je n'allais pas bien. En fait, il me guettait. Il n'était pas endormi quand il m'a serrée fort pour sécher mes larmes, l'autre nuit.
C'était trop, sûrement.

En mon esprit, une voix s'est mise à parler.

D'où elle vient, cette peine?
T'appartient-elle réellement?
Appartient-elle au contexte?
Est-ce qu'elle existe, au moins?

Je me rappelle dans le parc, entre deux larmes essuyées sur son bras, il m'avait sorti assez naïvement :
- C'est si grave que ça?

Non, c'est pas si grave.
D'ailleurs en fait, c'est pas grave.
Ça peut faire mal quand on décide de rouvrir des blessures. D'assimiler une situation à ce qui nous arrive régulièrement et faire des conclusions dramatiques sur la fatalité du destin. De croire qu'on n'arrivera jamais à passer le cap d'un truc bien et que c'est pas pour nous, le bonheur.

Mais Anne, c'était pas ce que t'avais demandé?

Dans une de tes prières d'il y a quelques jours, t'avais pas remercié de vivre ces émotions de crainte de l'abandon, du rejet, de la solitude que tu découvrais émerger en toi et que tu souhaitais ardemment travailler, mettre à rude épreuve? T'avais pas demandé la permission et les occasions de progresser dans ce travail là?
Ce n'est pas exactement ce qu'il se passe?
Ce n'est pas ici, l'occasion?

Ce n'est pas ce que tu as voulu, au plus profond?
Pas qu'on te quitte, non. Mais que tu puisses te libérer de ces émotions là qui t'entravent.
Ok. D'où elles viennent? Pourquoi sont-elles là?
Sont-elles nécessaires à quoi que ce soit? Sont-elles justifiées?
D'ailleurs, as-tu encore besoin ou envie de pleurer sur ton sort?

Non.

D'accord.

Une chiure de pigeon tombe pile à mes pieds.
Je crois que le moment est choisi de se relever.

Une fois rentrée, je ferai un grand ménage. Donner de la place à mon esprit, pour respirer. J'appellerai mon ami joueur de tablas, et on ira chanter des bols face à la mer pendant des heures. Chez moi, je lui lirai des Calvin & Hobbes à haute voix, et on se marrera comme des enfants en mangeant des graines. Il kiffera grave ma cuisine et ça me fera chaud au cœur. Finalement, je me coucherai assez apaisée et le matin, j'ouvrirai les yeux émerveillée par mes rêves de feux d'artifice.

Oui, j'aurais dû comprendre ce qui m'attendait.

J'aurais dû comprendre ce qui m'attendait lorsque dans les escalators ce papi s'est tourné vers moi, me lancer avec un visage lumineux :

- La vie est belle!

mercredi 30 juillet 2014

Les termes du contrat

J'écrivais ce commentaire sur les termes du contrat et c'étaient autant de baffes qui me claquaient à la gueule à chaque ligne supplémentaire. Qu'ai-je laissé en cours de route pour me sentir si paumée? Ma lucidité, peut-être. Et pourquoi j'attends, maintenant? Pourquoi j'attends qu'on vienne me chercher? Il n'y a que moi qui modifie les routes. Sur ce sentier qui n'est que mon propre chemin intérieur, au carrefour de mes doutes. Et la souffrance? Elle est là parce que j'attends. Sans savoir pourquoi. J'attends que l'autre vienne me chercher. J'attends qu'il soit mon guide alors que le guide, c'est moi. Alors que c'est moi qui me donne. C'est moi qui reçois. C'est moi qui décide ou non d'avancer.

Hier soir, j'ai pleuré sous les draps. J'ai pleuré sur ma sale journée. J'ai pleuré sur ma solitude. J'ai pleuré parce que les règles étaient proches et qu'à des moments comme ceux là, je suis moins capable de prendre sur moi. J'ai pleuré parce que je voulais qu'il me réconforte, qu'il soit là pour moi. Et il était venu, malgré son travail qui le faisait finir au milieu de la nuit, sa fatigue et tout le retard qu'il avait pris à cause de nos dernières entrevues. Malgré le fait qu'il flippait lorsqu'on se voyait plusieurs jours d'affilée. Il était venu, et lorsque j'ai commencé à lui confier mes petits tracas, il s'est assoupi peu à peu. Épuisé. Je l'ai bordé doucement. J'ai attrapé un livre de chevet. La tête blottie entre deux pages, je me suis mise à pleurer. 

J'ai pas pris le bon livre, sûrement.

Ces larmes là, probablement un résidu de tout un tas de sentiments que je n'ai plus envie de revivre. Je ne pleure pratiquement jamais quand je suis seule. Je pleure quand je suis seule avec quelqu'un. Mes premières pensées ont été "tu te portes quand même vachement mieux quand personne ne t'atteint". Quand on te met pas au pied du mur, c'est tellement plus facile.
Mais j'ai choisi. C'est moi qui ai eu envie de travailler à devenir quelqu'un de plus complet. Autonome. Et l'autonomie, affective notamment, ne peut pas réellement exister lorsqu'il n'y a pas de confrontation avec l'autre. Lorsque, en aimant, on reste entier, ensemble et dissociés. Engagés et Indépendants. Ah ça oui. En ce moment, je travaille.

Mais j'aime ça.

Dans le lit recroquevillée, et quelques sanglots inaudibles, j'ai senti sa chaleur dans mon dos. Ses bras m'envelopper, me serrer très fort. Sa tête, enfoncée dans ma nuque. C'était, un cocon de lui tout autour de moi. Qui très fort retient mes larmes. En silence, par petits à-coups, il a serré jusqu'à ce que je me calme. Je me suis retournée vers lui.
J'ai souri.

Il était endormi.

Balèze, quand même. Faire les gestes qu'il faut en pleine inconscience.
Mais peut-être n'a-t-il pas osé montrer qu'il était réveillé...

J'en ai rêvé la nuit. Qu'il était là pour moi, moi et mes inconstances. Malgré tout. Qu'il gérait les aléas, même s'il avait l'impression de ne jamais donner assez par rapport à ce qu'il recevait de moi. On a discuté longuement, de ses retenues, de ses craintes, de pourquoi il se mettait tant de contraintes et de quoi il avait peur.
- J'ai peur d'être papa.
Qu'il a avoué.

Je me suis réveillée.

lundi 28 juillet 2014

Je sais

Je sais qu'il faut prendre le temps.
Pour magnifier les secondes, les ensemencer dans une histoire un tant soit peu fertile et constructive.
Pour se permettre de naître, dans la confiance, dans la preuve par l'expérience, la ligne d'évidence qui malgré les oscillations, les hauts et les bas, avance toujours, quoi qu'on en dise.

Je sais qu'il faut s'armer de patience.
Laisser à ton être la possibilité de se retrouver en premier, afin qu'il puisse se donner en son entier sans perdre un bout de son squelette dans les doutes et l'inconscience.

J'ai sais qu'il faut te laisser libre.
Dans ton individualité, dans tes choix et tes devoirs, ne pas interférer à outrance avec le cours de tes choses. Pour te permettre d'évoluer avec zèle, sans contrainte, sans barrière de l'être, celui qui te donne la main en même temps qu'il te la vole.

Je sais que tu as ton chemin à faire. Tes montagnes à grimper. Tes obstacles à franchir.
Je sais que tu as tes fantômes à te débarrasser. Faire une croix sur ce qui est derrière, doucement. Le temps d'un deuil, le temps d'accueillir ce qui est devant toi.
Je sais tout ça.

Ça ne m'empêche pas d'avoir mal quand même.

jeudi 24 juillet 2014

Tudo Bem 2/2

On se confie nos petits secrets. Il me dit "la semaine dernière, tu m'as ensorcelée". Il me dit "j'ai eu subitement envie d'être à côté de toi toute la soirée". "Refuser une partie de ****** avec tous mes copains pour jouer aux pingouins avec toi et ton pote, fallait vraiment que tu m'aies fait un truc". "A la fin, je voulais que tout le monde s'en aille. Qu'ils se barrent tous et qu'on reste juste toi et moi".

Moi aussi, j'avais envie.
Mais j'étais avec le jongleur saltimbanque que j'hébergeais pour la nuit. D'ailleurs, sur le retour, j'avais pas arrêté de le saouler avec mon argentin à lui répéter "il me plait", "qu'est-ce qu'il me plait"...

- Je te préviens Anne, le deuxième soir est celui des mises en garde.
- Soit. Je t'en prie.
- Hmmm, alors voilà. Actuellement, je n'ai rien à donner. Et je ne sais pas quand et si je serai prêt à le faire un jour. Je viens tout juste de me séparer de quelqu'un avec qui j'ai vécu quatre ans et demie et je n'ai pas encore fini mon deuil. Je ne sais même pas si nous ne sommes définitivement plus ensemble. De plus, je commence à retrouver mon individualité, à trouver du temps pour moi, mes amis, mes loisirs, faire des projets et je ne veux pas lâcher ce que je touche à peine du doigt. J'ai envie de rester libre.
- Ok. A moi maintenant. Je ne suis pas pressée. Au contraire, j'ai très envie de prendre le temps. En fait, en ce moment je suis dans une démarche un peu particulière avec mon corps. Pour certaines raisons, je suis une abstinence de neuf mois. Ce qui veut dire que, physiquement, il va falloir rester tranquille...
- Oh, d'accord. Neuf mois, vraiment?
- Oui.
- C'est long, quand même.
- Oui.
- Et Anne, moi j'ai des besoins.
- Oui, je sais.
-  ...
-  ...

- Mais attends, neuf mois depuis quand?

- Depuis janvier.
- Janvier? plus neuf mois ça fait jusqu'à septembre ça. Ça veut dire qu'il reste...
- Un peu moins de trois mois.
- Aaaaaah...mais ça vaaaaa alors!
- Ah bon, vraiment?
- Oui, trois mois ça va. Enfin, ça devrait pouvoir le faire.

Soulagée.

Sur le lit, on se marre. Allongés côte à côte, on continue de discuter. Il me lance :

- Mais comment on fait, alors?
- Comment ça?
- Bah hier, par exemple, quand tu marchais devant moi, je voyais la courbe de tes reins se dessiner et j'avais bien envie d'y poser mes mains. De te masser le dos, aussi. Mais je me suis dit, après je vais te masser, je vais avoir envie d'aller plus loin, de te faire plein de trucs, ça va déraper et je sais pas si c'est bien, alors j'ai rien fait.
- Ah...
- Comment on fait, alors?
- ...
- Par exemple, là, depuis tout à l'heure, j'ai très envie de te serrer dans mes bras. Comment on fait? s'impatiente l'argentin, la lueur pleine de malice, se tournicotant comme un enfant dans tous les sens sur le matelas.
- Essaie, tu verras bien...



Il posa tout son poids dans son étreinte.

C'était.
Surprenant.

Peut-être que j'avais perdu l'habitude. Peut-être que mes anciens compagnons étaient délicats, faisaient attention. Lui, il n'était pas comme ça. Il se donnait entier, même s'il n'avait rien à donner.
Il était là, et pas là.
Il reproduisait les gestes. Mécaniques, comme s'il les avait déjà enclenchés un millier de fois.
J'ai pensé : effectivement, il n'a pas fait son deuil.

Je l'ai laissé faire.
Puis, lorsqu'il s'est détaché pour tenter de partir, je l'ai agrippé.
Afin qu'il puisse entrevoir ce qui, pour moi, correspondait à l'intensité d'une étreinte.

Ses cinq minutes se sont transformées en trois heures.

Je lui avais pourtant bien proposé de rester. Mais comme il avait découché la veille, il ne voulait pas mettre la puce à l'oreille à l'ami (commun avec son ex) chez qui il était provisoirement hébergé, le temps qu'il se trouve un nouvel appartement à lui.

Sur le palier de la porte, il a fait quelques pas. Puis il s'est retourné. Nous nous sommes regardés, un peu penauds, un peu interloqués :
- Ça va être compliqué...
Qu'il laissa échapper en revenant sur ses pas, juste avant de m'embrasser.

Dans tous les sens du terme.

J'ai senti nos bouches se reconnaître. Et plus elles apprenaient à se parler des langues inaudibles, plus ses bras se fondaient avec force en mes côtes. Mes pieds ne touchèrent plus terre.

Dans tous les sens du terme.

mercredi 23 juillet 2014

Tudo bem 1/2

A la suite de ceci, et de tout le reste.

Je n'ai pas pu m'empêcher de m'emparer du téléphone. De toute manière, je n'arrivais pas à fermer l’œil, bien qu'il soit parti. Le choc de la rencontre, sûrement.

J'envoyais un message à mon ami joueur de go : "purée, je me suis fait avoir comme une bleue..." parce que. Un bail qu'on ne m'avait pas retourné le cœur de la sorte. Avec si peu de moyens. Son nez sous mes aisselles, ses lèvres sur mes mains. Je demandais au joueur de go s'il n'avait pas le numéro de l'argentin. Puis, me ravisais au moment de l'obtenir.

Après tout, c'était peut-être sa volonté.
Ne pas s'échanger nos coordonnées, probablement intentionnel.
Et je fais quoi alors? Je défonce les barrières d'intimité et viole sa vie privée pour répondre à mes envies égoïstes de le revoir?

Tant pis. Je ne souhaitais brusquer personne et laisser venir. Mais les sensations de nos frôlements s'entassant à une vitesse folle, je décidais de vider mon esprit en dédiant ma journée aux autres.

Le soir même, un texto du joueur de go :
"L'argentin vient de me demander ton numéro. Je le lui donne?"

C'était Brésil - Croatie, le match d'ouverture.
Fébrilement, je regardais les minutes défiler sur mon ordinateur.
Ayant finalement récupéré ses dix chiffres quand j'ai su qu'il réclamait les miens, je lui écris dans les cinq minutes suivant le sifflet de la fin du match :
"Et si, après la victoire du Brésil t'avais envie, je sais pas moi, de ne pas rester face à la défaite du sommeil de ce matin, sache que tu peux toujours revenir tenter la revanche..."

Nos messages se seraient croisés, si le joueur de go ne s'était pas trompé d'un chiffre en lui transférant mon contact.
Ça aurait été marrant pour le coup, que j'attende qu'il m'écrive.
Mais ma patience frôlait le niveau zéro.

-"Je veux bien passer te faire un petit coucou, mais je ne reste pas dormir. Tu prends?"
-"Et t'arrives encore à tenir debout?"
-"Oui, mais ça ne répond pas à ma question!"
-"Ca va me frustrer que tu repartes vite..."
-"Tu le seras encore plus si je ne viens pas. J'arrive dans cinq minutes."

On sonne en bas de chez moi. Je suis aux toilettes et je n'ai pas de pantalon.
S'est-il téléporté?

- A vélo, ça va vite.

Je n'ai pas de canapé. On se cale sur le lit pour discuter.
- Le deuxième soir....
Il réfléchit.
- Le deuxième soir, je pose ma tête là, lance-t-il en pointant mon nombril. Puis je fais ça aussi.

Et il prend mes mains pour les observer, les modeler. Ludique. On parle de ce matin, de notre non échange de coordonnées respectif. Il m'avoue :
- Quand j'ai claqué la porte de chez toi, je me suis dit "bon, on va se calmer là". Partager le lit de quelqu'un comme ça, dès le premier soir, c'était pas dans mon programme. Puis, t'es restée quand même un peu dans ma tête la journée et puis le soir, comme tu y étais encore, j'ai eu envie de demander ton numéro...

[à suivre...]



samedi 19 juillet 2014

Te sentir à distance

"Écris, fais-toi du bien. Fais ce qui est bon pour toi. Tu n'es pas tout seul. Mais tu es le seul à pouvoir le faire.
Je t'embrasse, je suis dans les montagnes. De temps en temps, je prendrai une pause dans la journée. Pour t'aimer."