jeudi 14 août 2014

Se laisser submerger

C'est de ma terrasse que l'on voit le mieux les étoiles.
J'aurais dû y penser plus tôt. A vouloir m'exiler loin de la ville, que l'endroit le plus protégé des lumières, le sanctuaire, c'est encore chez moi.
J'écoute Blackout.
Cette musique dont les anges parlent.
Ce murmure qu'ils nous glissent.
Les larmes aux bords des yeux grands ouverts sur la nuit.
J'écoute Blackout et c'est comme un choix à faire.

Revenir sur mes pas, inlassablement.
Comme cette après-midi, lorsque la voiture m'a déposée à ton arrêt. Refaire le chemin en sens inverse, à pied, jusqu'à chez-moi. Celui que j'ai emprunté mille fois.
Au moins dans mes rêves.

Je pourrais ressasser éternellement.

Je me réveillerai un jour, comme ça, perdue dans ma boucle. Ne sachant plus quel jour on est, ni depuis combien de temps j'ai arrêté de vivre le moment présent. Je ne saurai même plus à quoi tu ressembles, quelle place tu avais, et si tu as compté. Si tout ça, ça valait la peine.
La peine que je me donne à rester immobile.

Don't kid yourself
Don't fool yourself
This love's too good to last
And I'm too old to dream


Si je le voulais, je pourrais décider de m'y mettre dès maintenant.
Clôturer les regrets. M'immerger pour de bon dans l'instant, à moi, rien qu'à moi, et faire ce pour quoi je suis ici. Décider de la vivre aujourd'hui, cette vie qui est mienne. J'ai tellement de projets qui m'attendent. De bras qui m'entourent. Alors pourquoi.
Pourquoi, dans le fond, je ne veux pas.

Il n'y a qu'un pas à faire.

Je regarde ma petite table ronde, ces êtres assis là à m'observer, invisibles.
Je ne dois pas pleurer.
Je ne veux rendre triste personne.
Je leur suis trop reconnaissante pour tout ce qu'ils organisent pour moi. Pour les petites attentions, les regains d'ingéniosité afin de me redonner le sourire, pour le soutien, l'amour inconditionnel, la foi qu'ils me portent alors que moi, je suis juste immobile. Alors que moi, je ne fais que ressasser. Dans le noir, je ne veux pas voir. Le chant scintillant les étoiles. Des averses de je t'aime et toute la pluie tombe sur moi. Imperméable. Insubmersible. Alors qu'il faudrait.

Pour une fois, il faudrait.


Blackout (credits reprise) by Muse on Grooveshark

1 commentaire:

  1. Même si nous faisons tout le temps des choix certains moments semblent plus à la croisée des chemins que d'autres...J'me souviens d'une "leçon" qu'on m'avait donné, grandeur nature, dans le Parc Luzanky e Brno. Derrière, le passé, chemin que l'on connait, malgré tout balisé, rassurant, mais il nous ferait revenir sur nos pas. A droite, la ville et ses lumières, attirantes et rassurantes parce qu'éclairant la nuit, mais artificielles. A gauche, un chemin formant une boucle, donnant l'impression d'avancer alors que nous perpétuons un cercle pour mieux revenir sur nos pas. Devant, la nuit, le silence, l'obscurité, le chemin le moins rassurant, le moins engageant. Et pourtant c'est bien ce chemin là que nous prendrions si l'on se bornait à avancer.
    Comme si c'était schématiquement ces quatre possibilités qui nous étaient présentées. Canevas, petit 'jeu" que l'on pourrait assez aisément appliquer à ces moments, peut-être pas pour trouver des réponses et le faire, ce pas, mais peut-être cela pourrait-il y contribuer.

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Du temps à tuer?