mercredi 11 juin 2014

Venir comme on est

Les odeurs des herbes séchées, fumées par le soleil le long de la corniche.
Sur son vélo en amazone, les images défilaient, comme une douce brise.
C'était simple.

C'était lent. Aussi infime que la terre qui tourne sous nos pieds. Sans crier gare, ni réaliser, tout se mouve, se remue en dedans.
C'était lent. Et le temps notre allié. Dans le respect de garder ses ailes intactes, savoir s'élancer parce qu'on le sent, pas parce qu'on le doit.
C'était droit. Dans nos baskets, rester tels quels.
Et venez comme vous êtes.

Il m'a avoué que je lui avais paru sauvage de prime abord, au concert, mais qu'assis tous deux devant la mer, il en était autrement. Qu'il fallait que l'on m'apprivoise. Je lui ai alors révélé que c'était lors de mes échanges avec le sexe opposé que je prenais mes distances, tombant trop souvent dans les pièges, me retrouvant acculée par de bonnes intentions au demeurant et sûrement (en vue des réactions) tous ces signaux opposés et confus que je devais renvoyer à la gente masculine. Il a fait des yeux étonnés avant de me certifier :

- Je n'ai pas du tout trouvé que tu envoyais des signaux confus.
- Alors, tu es bien le seul!
- Je t'assure, la manière dont tu m'as abordé, c'était très clair que ce n'était pas ambigu.

J'ai ri.
Et souri longtemps après.

- Bah tu vois, c'est bien ce que je disais. Mon attitude et mes actes sont mal interprétés. Toi, tu me plais!

Toi tu me plais et en moi c'est tout confus.
Tu n'as plus parlé après ça. Alors je me suis lancée dans de longues explications, par égard pour toi, le temps de combler, que tu te remettes du choc. Je t'ai évoqué notre première rencontre. Tu m'as dit que ce regard échangé lors de ma chanson avait fini par être troublant sur la durée. Et que pour l'invitation, c'était volontiers. De ta main, tu as remis en place les cheveux sur ma joue. Je me suis écartée.

Ce n'est pas parce que l'on se plait mutuellement que l'on doit fatalement se rapprocher l'un l'autre.
Un chemin systématique que j'ai choisi de ne plus emprunter.

Je préfère prendre le temps. Cultiver la patience, et voir ce qui en fleurit. Quelle couleur prend le lien qui nous suspend à nos lèvres, à nos regards, quelle forme a notre amour, et agir en conscience. Foncer à l'aveuglette dans les relations alors qu'il suffirait, parfois, d'attendre que le brouillard se lève pour comprendre, ce que l'on représente dans la vie de chacun. Je me suis trop souvent brulée, j'ai calciné mes sentiments à ne pas essayer de les définir, de les reconnaître parce que je voulais vivre avant tout, en premier lieu, je voulais vivre les histoires pour la beauté du geste.

Je me suis si peu écoutée par le passé, trouvant tout un tas de justifications à mes élans spontanés.
Je me suis butée à croquer la vie à pleines dents, sans même vérifier au préalable qu'elle était comestible.
Et se répéter en boucle : "Tu le savais. Tu étais au courant. Tu n'as juste pas voulu entendre.".

Côte à côte sur les rochers, tu as compris.
Entre deux bouchées de pique nique improvisé, tu m'as dit que j'avais tapé dans l’œil à tes deux copines de travail, que tu soupçonnais être en couple. Qu'elles n'avaient pas arrêté de te taquiner avec ça. De t'affirmer que j'étais bien pour toi, et qu'on irait bien ensemble. Mais pour toi, la différence d'âge...

Alors je me suis osée à te faire part des correspondances.
De cette vidéo de la veille. Comment attirer l'homme de sa vie.
Des listes à tirer. A rayer, à récrire.
Les hommes sont courageux.
Et toi.

Tu m'as répondu que ça ne signifiait pas rien pour toi.

vendredi 6 juin 2014

Je veux te retrouver

Ce soir j'écoute Seu Jorge.
Souvenirs d'il y a six ans, fête de la Bastille. Je rencontrais pour la première fois mon ami danseur manouche qui insérait sa playlist en mes oreilles, une rengaine qui m'accompagnera de bonnes années durant sur les traces de mes propres pas et des étés qui se chantonnent encore en mes fantaisies intérieures.

"A nos âges rien n'est stable", qu'il disait.

Et pourtant, nous sommes toujours là. A danser sur le fil de nos existences, les émois qui s'entrechoquent et nos bras pour mutuellement nous rattraper quand la chute déséquilibre.
Tu vois, ce soir j'écoute Seu Jorge en pensant à toi et à la sixième chanson, un appel de toi sur mon téléphone.

Je t'aime.
Tellement. Tellement.

Je ne sais pas comment entretenir une histoire.
Mais peut-être qu'il n'y a rien à faire de particulier.

Mon danseur à moi, ils me manquent tes bras. Tes déhanchés. Sur des estrades folles, courir jusqu'à toi et me sentir soulevée. Tournoyer. Ensemble, comme dans un film. Une fièvre du samedi soir. Et le dimanche matin, lorsque tu me reposes au sol, le retour à la normale d'un train train quotidien sans tes foulées.

Je t'aime.

Je t'en écrirais bien des dizaines d'autres, de chansons.

Tu te souviens cette fiesta d'un autre temps, les costumes des années 20, les musiciens jouant du swing et d'un coup, chacun trouve sa paire entamer des pas endiablés de charleston? Et nous au milieu, pas vraiment prévenus, les deux paumés des années 2010 dans cette ambiance codée au possible....on s'était bien marrés. On avait inventé notre propre danse. Jusqu'à plus d'heure, plus d'époque, plus pouvoir actionner le moindre muscle, s'écrouler de fatigue. Entre tes doigts, sentir mon corps se régénérer. Aux petits oignons. Je t'aime. Je veux te retrouver.

Nos jazzouillis improvisés dans les rues de Paris, dans les métros réinterpréter les tubes de nos adolescences, nos trompettes invisibles, les faire sonner, tu me manques. Tu me manques! Je veux vivre la scène dans la vie avec toi, comme avant. Quand c'était fusionnel. Quand les gens nous prenaient pour des amoureux transis. Parce qu'ils ne savaient pas où nous ranger. Parce qu'il n'y avait pas de case pour nous. Je t'aime, tu sais.

Mais je grandis aussi.
Aujourd'hui, quand je monte sur Paris on se fixe une date sur nos agendas. Nos instants de folies se planifient à l'avance et nos musiques s'écrivent à distance désormais. Nos vies se vivent chacune de notre côté et lorsque l'on tend enfin à se les raconter on se décourage parce qu'il y a beaucoup trop à en dire. Et qu'on n'était pas là pour voir.

Je pense à toi.
Quand tu m'as annoncé que mon cadeau t'avait fait pleurer, j'ai pleuré aussi.
Je suis si heureuse que tu existes. Que je suis prête à célébrer ta venue au monde autant de fois qu'il le faudra. Je t'aime. Tu me manques. Je ne trouve plus les mots. Ni le déclic, les phrases fulgurantes qui nous connectaient par le passé. Je ne trouve plus le geste naturel qui m'amenait contre toi, la tendresse qui te réconfortait. Les déclarations envolées que l'on pouvait se déclamer dans les bars complètement à jeun. J'ai perdu le chemin qui menait à ton cœur. Mais peut-être est-ce simplement celui qui menait à la facilité. Et devoir tout recommencer.

Je ne cesse de chanter cette chanson que tu m'as écrite il y a longtemps.
C'est peut-être pour ça. Que mon amour s'amplifie au son de tes sentiments.
Promis, la prochaine fois que l'on se voie, je t'exprimerai ce qui m'anime réellement.

En attendant, je regarde la petite croix sur mon agenda...

Tive Razão (I Was Right) by Seu Jorge on Grooveshark

mardi 3 juin 2014

Eco-sentiment

J'aurais quand même très envie d'embrasser quelqu'un là, tout de suite.
C'est à cause de mes rêves. Chaque matin, je me réveille avec ces pavés de vies supplémentaires à distiller dans le vague de mes souvenirs, ces romances entières, ces étreintes, ces feux vifs qui s'embrasent pour quelques visages méconnus, des greniers d'histoires et les yeux ouverts sur le réveil qui retentit je dois faire quoi, moi?
Faire le tri?
La tendresse dans la poubelle jaune, la passion dans la poubelle verte?

M'en fous, parce que le soir, je m'endors avec des mélodies plein la tête.
Des airs qui fourmillent au bout des doigts, qui se pressent, s'amassent à la commissure de mes lèvres.
J'ai peut-être pas d'amours à vivre, mais j'ai la musique qui me susurre des mots doux à l'oreille.
A la nuit tombée, elle me parle, impatiente de me raconter tout ce qu'elle n'a pas eu le temps de me dire la veille. Et la journée, je me hâte de prendre des notes sur le clavier pour ne pas oublier ses récits incroyables.
Alors soit, elle et moi on formera jamais un couple.
Parce qu'elle est libre.
Qu'elle se donne à qui veut bien l'écouter.

Et que je ne suis pas lesbienne.

lundi 2 juin 2014

C'est grave docteur?

Je me rends vraiment compte que je suis passée à un stade profond et irrécupérable de geekitude avancée quand j'appuie sur la barre espace de mon clavier d'ordi pour mettre en pause l'aspirateur que je suis en train de passer....

dimanche 1 juin 2014

Des torrents qui bouleversent

" Ma chère Anne,
Je rentre tout juste de la montagne où j'étais depuis mardi.
J'ai reçu ton beau cadeau d'anniversaire qui me tire de belles larmes qui font du bien. Un beau et grand merci à toi coupine, ça me vague, marée, mer, tempête... :-)
Je t'embrasse. "


Les cadeaux que l'on reçoit sont souvent ceux que l'on offre.

mardi 27 mai 2014

Life is like Legos

Je tombe de sommeil.
Peut-être l'occasion de me remettre dans un rythme de vie approximativement normal.
Le weekend était si intense que je m'en suis fait une jolie sciatique et ai complètement oublié tous les rendez-vous que j'avais organisés pour le lundi. Ah bravo.
Mais je suis heureuse quand même.
Quand je me couche. Quand je me lève.
Il y a une sorte de plénitude jouissive à chaque fois que je pose les yeux au plafond et que je réalise qu'ici, c'est mon chez moi, et que je m'y sens bien.

La veille, mon sorcier bienveillant m'avait transféré une petite vidéo sur comment attirer l'homme de ma vie et bon, même si je ne suis pas super fan de l'art et la manière dont c'est dit, le propos quant à lui avait son utilité et ses ressources.

Regardez un peu comme la vie emboite ses petits cubes ensemble.

Je visionne donc cette vidéo qui me dit à peu de choses près qu'on choisit ce qu'on attire en fonction de ce qu'on émet, de notre vision de l'homme et de ce que l'on veut. Ce même soir, je tombe sur la page évènement du festival auquel je participe le lendemain. Dans les commentaires, celui d'un photographe à la verve intrigante. Coup d'oeil sur son profil, il est vraiment très mignon et totalement mon type, et histoire d'en rajouter une couche, son travail est bluffant ainsi que ses expressions folles du visage. Son nom me dit vaguement quelque chose. Je cherche, je cherche. Je finis par me rendre compte qu'il a joué dans le même groupe qu'un bon ami à moi. Je me rappelle aussi ce que cet ami m'avait dit à son sujet : qu'il était obsédé par le sexe et libre dans ses mœurs. L'un n'impliquant pas forcément l'autre, je passe la soirée sur son compte vidéo à m'imaginer tout ce qu'on pourrait faire de ces informations là ensemble, tout en me rappelant que j'ai choisi de faire un jeûne sexuel de 9 mois et que ce dernier est loin d'être terminé. Mais je sais que cet homme sera là demain toute la journée et que j'aurais bien envie de le rencontrer, juste pour voir. (tu parles)

Comment attirer l'homme de ma vie, m'explique Lilou Mace.
Les défauts qu'on leur trouve, les rayer. Et projeter positif.
J'ai pensé : les hommes sont lâches. J'ai corrigé.
Les hommes sont lâches courageux.

Je vous avais brièvement évoqué mon penchant astrologique pour les compatibilités synastiques.
Il se trouve que les deux derniers coups de cœur pour lesquels j'avais fait les calculs étaient nés la même date. Deux émois complètement inaccessibles, qui plus est. Or, leur anniversaire commun était le lendemain, jour du festival.

Je ne leur ai pas souhaité. Je n'ai pas non plus mis la main sur le beau gosse d'internet et c'est pourtant pas faute d'avoir essayé. A la place, il y a ce garçon que j'ai vu s'avancer de très loin et qui a marché vers moi. Qui m'a lancé "on ne se connaît pas déjà?" et qui m'a prêté un coin de stand, présenté à ses coéquipier. Il m'a annoncé, "le prochain projet est d'ouvrir une autre épicerie (NDLR : bien que ce ne soit pas vraiment une épicerie, cela a un rapport avec les produits de la terre) vers la rue ******". J'ai pensé que c'était à une rue de chez moi. Puis, en y réfléchissant, je me suis souvenue que ma voisine m'avait sollicitée pour prendre avec d'autres gens motivés un local à un prix dérisoire, parce que l'affaire valait le coup de se mobiliser. J'en ai fait part à cet homme, ainsi que l'adresse du local. Il m'a répondu, "ta voisine, ce ne serait pas ***** par hasard? j'ai entendu qu'elle souhaitait ouvrir une épicerie juxtaposée à son association en plus, ce serait vraiment approprié!". Et le monde se rétrécissait de jour en jour. 

Sur le trajet du retour, mon acolyte musicien me demandait curieux quel était ce local à louer et s'il avait un nom. Ne parvenant plus à me rappeler, je finis par faire un petit crochet devant celui-ci, avant de prendre un temps la clef dans ma porte d'entrée.

"La graine", qu'il s'appelait.
Faut le faire, non?

samedi 24 mai 2014

Une belle personne

Je suis encore tombée furtivement amoureuse aujourd'hui.
C'est pas comme si ça m'arrivait quotidiennement depuis que le printemps avait pointé le bout de son nez, n'est-ce pas?

C'est marrant, ça s'est fait de manière assez frontale.
Plusieurs années que mon acolyte musicien me vantait les mérites de cet homme incroyable, formidable, dont les actions sont vraiment estimables et utiles pour tous, qui en plus était un humain au top, comme-ci, comme ça, blablabla. J'avais parlé à mon acolyte de certains projets concernant la Terre qui me tenaient à coeur, il m'avait alors redirigée vers cet homme qui effectuait déjà un travail similaire. J'ai alors dû visionner quelques vidéos de ses interventions et bon, même si ça m'avait fait un petit quelque chose, fondamentalement, je n'y ai pas prêté plus d'attention. D'autres connaissances m'avaient alors fait passer des invitations (je n'avais pourtant rien demandé) pour des conférences auxquelles il participait, je n'y étais pas allée.

C'est là que je me dis, quand même Anne, ne sens-tu pas les rencontres qui se trament depuis un moment et qui attendent, gentiment, que tu te sentes prête? Toutes les mains que l'on te tend afin que tu sortes chaque jour de ton petit nid douillet, de tes habitudes, te balancer dans l'imprévu qui a de la suite dans les idées et qui t'ouvre grand les bras?

Bref.

Il était là, cette après-midi.
Moi j'étais sur scène, lui derrière son stand. Un horaire pourri et complètement bâtard, où il y avait plus de monde dans le staff que dans le public. Puis, comme une fleur, il s'est avancé avec son espèce de sweat enroulé autour de la tête, avec son grand sourire, il s'est appuyé contre les barrières et il m'a regardée. J'étais en train de murmurer "s'il te pl@it viens d@nser" et il n'y avait que lui pour recevoir. Cela a duré une moitié de chanson, puis me rendant compte de l'intrusion publique dans ces sphères de l'intime, j'ai repris mes esprits et le cours de la musique.

A la sortie de concert, il a été le premier à venir nous saluer. Nous nous sommes mutuellement présenté et cela a été direct. Il a commencé par "Mais on ne s'est pas déjà rencontré, en fait?". L'éclat dans le regard. Lui en face de moi, il se passait un truc inaudible qui criait "j'ai envie de te connaitre". Je ne sais pas pourquoi, dès le début de l'échange, je lui ai demandé s'il écrivait des textes. Ça l'a étonné, évidemment. Surtout qu'il avait une trentaine de paroles en stock. Il m'a questionnée "Comment tu as rencontré ton acolyte? Depuis combien de temps tu le connais?". Depuis toujours, puisqu'il m'a vue naître. "C'est un peu comme ton grand frère, alors?". Tiens, j'avais jamais vu ça comme ça.

- Pas vraiment, mais c'est une relation particulière. Tu sais, on est né le même jour lui et moi.
- J'imagine que vous n'êtes pas de la même année...
- Oui, on a ** ans d'écart...
- Et d'ailleurs, quel est le jour?

Alors ça me fait doucement rire, parce que d'habitude c'est moi qui pose cette question. Après je rentre chez moi toute jouasse et je plonge dans les cartes du ciel ainsi que les calculs de compatibilité.
D'accord, c'est une sale manie. Je plaide coupable.

- Pourquoi tu veux savoir? Tu es calé en astrologie?
- Non, c'est juste qu'on en a pas mal parlé hier avec un ami et voilà. Je lui disais que je trouvais ça peut-être plus judicieux, quitte à regarder les cartes du ciel, de se pencher sur celle de notre conception plutôt que celle de notre naissance.
- C'est sûrement aussi significatif, mais la naissance a tout autant son importance, puisque malgré les 9 mois de gestation, il reste une bonne part d'imprévisibilité. C'est probablement nous qui choisissons la date de notre naissance...

Il avait l'air d'acquiescer. En quelques phrases, nous avions compris que notre chemin de réflexion était similaire. Entente silencieuse. Puis il m'a parlé de mes chansons. De la première, qui l'avait particulièrement touché, il m'en a fait une analyse assez détaillée et intérieurement j'étais plutôt heureuse que quelqu'un écoute de la sorte, dès les premières notes. Il m'a dit qu'il aimait ces échanges spontanés avec les gens, les rencontres de la vie, et que j'avais l'air d'être une belle personne.

Ça m'a un peu émue.


A suivre, peut-être...

jeudi 22 mai 2014

Peu importe les raisons

Je me rends compte que je suis plutôt heureuse en ce moment.
Je crois que cela a un lien avec cet élan créatif qui m'anime depuis plus d'une semaine.
Qui de l’œuf ou la poule est arrivé le premier? Lequel de ces deux sentiments a engendré le second?
Ce n'est peut-être pas très important. De savoir.

J'ai de quoi bosser toutes les journées. Ça me remplit. Véritablement. Une sorte d'extatisme du quotidien, où chaque petite chose de la vie pourrait me faire sauter au plafond, un alcool joyeux qui se distille dans l'air ambiant. Je bondis sur ma chaise impatiente de répéter sans cesse les mêmes refrains et cela me convient plus que bien.

Et c'est officiel.
Je me trouve belle telle quelle.
Assise au fond de cette salle obscure, je crevais l'écran. C'était magique, savoir que lors de ce tournage là ma fièvre carabinée m'avait laissé un jour de congé, par bonté de coeur, je tenais debout, et sans maquillage je n'étais pas livide. Les titres tournaient derrière l'histoire et la musique s'harmonisait parfaitement avec le propos. Je suis sortie de là, je n'avais pas de mots, encore moins de critique constructive à prononcer tant tout m'allait, comme sur un nuage. C'était pourtant il n'y a pas si longtemps, que j'avais du mal à me voir et m'écouter. Un pas de plus vers soi, je crois.

Je n'ai maintenant plus qu'à trouver suffisamment de confiance en moi pour répondre à la question : "Et tu fais quoi dans la vie sinon?" sans me plaindre par habitude, énoncer les difficultés du métier comme pour justifier nos moments sans et rabaisser les efforts et espoirs conçus à une simple chimère, impalpable, un rêve irrattrapable car trop grand pour ceux qui n'ont pas toutes les cartes en main, qui ne trichent pas, et au fond, les meilleurs joueurs, on le sait que c'est ceux qui gagnent peu importe les cartes.
J'aimerais, pour une fois, ne pas rentrer dans cette coutume systématique lorsque l'on croise un confrère artiste "c'est dur d'être qui on est et de s'en sortir", "on n'a pas choisi le chemin le plus facile" parce que, quand même, quelle chance! Quelle chance on a de pouvoir choisir!

Tout individu pourrait s’apitoyer sur son sort ainsi que la rudesse de son travail. Quand on veut se trouver des raisons, on en a toujours. On a toujours tant d'obstacles sur notre route quand on a envie de s'en créer soi-même pour ne pas réussir. Et puis, qu'est-ce que c'est, réussir?

Finalement, puisque tout le monde a la possibilité de se plaindre de sa condition, que font ceux qui se taisent?


Ils profitent, non?


jeudi 15 mai 2014

Traquenard 2

Il m'a serrée dans ses bras.
J'avais oublié ce que ça faisait de tenir un homme comme ça, au creux de ma paume.
J'avais aussi oublié qu'il existe des odeurs et textures épidermiques complètement enivrantes. J'avais aussi oublié que c'était un homme. Un bel homme. Masculin. Du sexe opposé.
Et ça fait tellement longtemps.

Je me suis engagée envers moi-même, à faire une diète sensuelle jusqu'à septembre au minimum.
Neuf mois.
Émoi neuf.
Alors je tremble. Tapie dans les recoins sombres de mes envies, je convulse.
De rage et d'amertume.
Conflit d'intérêt entre le présent et le futur, l'immédiat et la durée.
Comment résister.

Ne pas projeter ses désirs sur un avenir qui n'existe pas et vivre ancrée dans le présent, là est la véritable profondeur de la vie.
Mais n'assouvir que ses envies immédiates sans penser aux conséquences futures de ses propres actes, n'est-ce pas la vie la plus superficielle qui soit?

Un grand tiraillement. Je me suis promis de m'abstenir, mais mon corps réclame. Mon coeur vient s'étaler du bout des doigts sur une chair prompte aux balades. Mes sens pleurent de plaisirs indécis, lorsqu'en alerte ils répondent aux signes des peaux qui s'entrelacent. Et quelles peaux! J'en eus fait tout un pamphlet, il y a deux ans de ça. J'en eus employé des adjectifs gourmets et nutritifs, sans n'être jamais assez repue de ce plat qui se mange froid et chaud, à toutes les sauces. Alors, lorsqu'il m'a serrée dans ses bras, je me suis laissé un temps pour moi, profiter des affres de l'existence.
Et nous avons dansé.

Sur le lit, nos courbes en connivence, le sol se soulevait. Nous ondulions ensemble d'une tendresse chatoyante, aimable et fraiche comme le printemps. Qu'est-ce que j'aime les danseurs. Ils ont le sens du phrasé. Du toucher gracile. Puis, lorsque nos gestes ont eu fini de s'échauffer, il me fallait éteindre le feu, calmer nos ardeurs. Il le savait. Que mon corps était en jachère. Il le savait. Je ne lui avais pas expliqué tous les détails du pourquoi mais ce n'était pas comme si je l'avais pris au dépourvu et laissé là, sur le carreau. Nous étions debout devant la porte d'entrée lorsqu'il m'a avoué : "J'ai envie de toi. Je ne sais pas si je dois te le dire.". Se mordre les lèvres et se ronger les ongles. Qu'est-ce qu'il est désirable, qu'est-ce qu'il respire la tarte meringuée d'une gourmandise inquantifiable. - "Je ne souhaite pas faire quelque chose que tu pourrais regretter le lendemain.", mais il m'assure qu'il n'y a rien à regretter.

Je reste consternée. Pourquoi moi. Il en a pourtant eu des occasions, des filles plus belles que moi. Plus sexuelles, plus abordables. Je veux dire, en vue de ce qu'il est et émane, il n'a aucun mal à trouver, et c'est plutôt elles qui viennent à lui en général. En plus, c'est quelqu'un d'honnête et de sentimental dans ses relations. Je réfléchis. J'ai longtemps pensé que tous les hommes étaient comme cela. Mythomanes, manipulateurs. Qu'ils avaient toujours en tête d'effleurer les femmes, peu importe les intentions désintéressées dont ils faisaient preuve. Je pensais tous les hommes comme ça parce qu'en mon vécu, je n'avais aucun contre exemple. Ils avaient beau se justifier : "d'ordinaire je sais me tenir", "je ne pensais pas à ça quand je t'ai proposé qu'on se voie", "avec les autres filles ça ne se passe pas comme ça", "je ne me reconnais pas", "je n'avais pas envie à la base", etc... je finissais par ne plus les croire du tout vu qu'ils avaient tous le même discours à mon égard. Et puis j'ai réalisé, en entendant d'autres témoignages de femmes sur ces mêmes hommes, complètement différents en leurs présences. Ce n'est pas qu'ils sont tous comme ça. C'est qu'ils sont tous comme ça avec moi. Que le dénominateur commun de leurs agissements sournois, c'est moi. Que c'est moi qui attire ce genre de situations, à répétition. Et que s'il y a quelque chose à modifier dans l'équation pour sortir du sujet, ça ne peut qu'être une partie de ce facteur de récurrence. Mon comportement. Mes énergies. Les désirs que je projette.

Je n'ai pas réussi à partir tout de suite, mais je suis restée habillée. Nous nous dévisagions la tête posée sur l'oreiller, et je lui caressais les cheveux. D'une tendresse insatiable. Nos mains courraient dans tous les sens, se rencontraient parfois. L'une dans l'autre, elles s'apaisaient. Deux heures de chamboulements. Enfin, lorsque la lune se fit à son sommet, je nouai mon manteau. Doucement, nous descendîmes les escaliers, en silence. Il rejoignit son vélo alors que je lui faisais un signe d'au revoir de la main, de loin. C'est trois rues plus tard que j'entendis les battements de son pédalier derrière moi. Il se cala un instant sur mes pas, pour une dernière promenade nocturne. J'observais cette pleine lune affriolante de splendeur subjuguer mon attention. Lui, m'observait. Quand je me rendis compte de son regard posé sur moi et que nos yeux interceptèrent la même seconde, il eut un éclat de rire spontané. Puis la cadence de ses pieds s’accéléra et il me doubla, pour disparaître au bout de la rue, sans un mot de trop.

Traquenard

Je sais que j'ai fait le bon choix. Je le sais.
Je sais que dans quelques jours, je me remercierai.
Ça ne m'empêche pas pour autant d'être terriblement déçue et frustrée.
Et quelques sanglots coincés au fond de la gorge qui ne se décident pas à sortir.

J'aurais dû le voir venir. Finalement, je me demande si je ne devrais pas me faire davantage confiance plutôt que d'écouter les gens parler de leurs propres sentiments. Parce qu'au fond, c'est comme si je savais mieux qu'eux lorsqu'ils se mentent à eux-mêmes. Malgré tout, je les crois aveuglément, parce que c'est dans ma nature, de faire confiance.

Je me disais, tiens, un message de cet amant à la peau à croquer, il n'a peut-être plus personne à se mettre sous la dent. C'était une histoire d'il y a deux ans et quelques, un moment où j'avais eu envie d'y croire mais où j'avais dû choisir intérieurement entre un homme qui me plait et un mode de vie qui me convient. Là aussi, léger goût d'amertume dans la bouche mais satisfaite sur le long terme de mes décisions de raison. Fallait dire que le timing était mauvais, lui même ne s'était pas rendu compte qu'il était en train de tomber amoureux de sa collègue de travail et me retrouver entre les deux, je ne me sentais pas à la meilleure position. D'ailleurs, elle ne m'a jamais aimé cette fille, jalousie et concurrence oblige. Juste après moi, ils se sont mis ensemble et le sont encore aujourd'hui.

Bref, il y a environ un mois, alors que je n'avais plus de nouvelles depuis plus d'un an, je rêve que je porte en mon ventre son enfant. Le rêve est bien plus complexe que cela mais bon, une semaine après, je tombe sur lui par hasard dans la rue. Il se trouve qu'il habite juste à côté de chez moi. On s'échange nos numéros que l'on avait perdus en se promettant qu'on ira se boire un café à l'occasion.

L'occasion, c'était cette après-midi. Sauf qu'immédiatement après m'avoir invitée, il se souvient que des amis à lui jouent leur spectacle en plein air et qu'il s'était engagé à venir. Pas de panique, on s'y rend ensemble. Je me dis que ça va encore être le gros bordel de gens et que j'ai pas envie d'aller boire un verre avec ce garçon....suivi de tous ses potes. Gentiment après la représentation, je lui annonce que je file en catimini. Étonné, il me rassure, lui non plus n'a pas l'intention de traîner longtemps ici. Nous rentrons donc boire un verre. Là où j'aurais dû faire plus attention, c'est quand j'ai compris qu'on allait le boire chez lui. D'un autre côté, quelle est l'utilité essentielle d'un bar quand on ne boit pas d'alcool?

On discute, il me confie que tout va bien dans sa vie. Et quand j'insiste un peu, que ce n'est plus comme avant avec sa chérie. Je lui demande s'il a parlé de ses doutes avec elle, il me répond qu'il vient de le faire ce matin (ou hier matin?). Tiens tiens. Vous la sentez celle-là aussi? La bonne vieille odeur louche. De toute façon, je suis censée rentrer dans une demi-heure. Il me dit qu'il a récupéré une Playstation 2. Toute jouasse, je lui propose de l'essayer. Avec un ton feint de déception dans la voix, il balance : "Et moi qui pensais que tu allais me proposer de faire l'amour...". Haha, qu'est-ce qu'on rigole.

Sous nos yeux ébahis, lever de lune gigantesque sur la montagne. Les plaisanteries douteuses se tassent d'elles-mêmes. Devant cette lumière d'un autre monde, nos confidences s'entremêlent. En vue de ses réactions, je lui pose sérieusement la question : "Tu as vraiment décidé que tu allais tromper ta copine alors?". Il me fait des yeux de merlan frit. Non non, qu'il me dit, depuis que je suis avec elle ça ne m'est jamais venu à l'esprit, et pourtant ça n'a pas été les opportunités qui ont manqué, elle n'est pas souvent là et puis dernièrement elle est partie un mois à l'étranger, j'ai aussi dormi la semaine dernière avec une amie nus comme un ver et c'était génial parce que pas ambigu pour un sou, et ma copine est au courant, et puis on sait se tenir face aux désirs physiques, blablabla blablabla. Okay.
C'est moi qui interprète, sûrement.

Une demie heure devant la fenêtre, fascinés par l'astre qui se fraye une place haut dans la nuit. Il fait presque jour tellement elle reluit, cette lune aux reflets dorés. Soirée à part. On se regarde, ce garçon à la peau à croquer et moi. Lui a rendez-vous avec ses amis de la compagnie, et moi avec une italienne. On se décide enfin à bouger d'ici. En deux temps trois mouvements, il a glissé ses mains sous ma taille et me porte contre lui, comme une mariée qui s'apprête à franchir la chambre nuptiale. Je frémis. C'est ma faille, lorsque l'on me soulève. Il me dépose sur le lit, drôle de manière de s'en aller.

- Bon, moi j'y vais, et toi tu m'attends là!
- Oui c'est ça, je t'attends en faisant l'étoile de mer.
- Chouette!
- Ah bon, tu trouves?


A suivre, peut-être...