Je relis mes textes d'il y a dix ans. J'ai oublié tant de choses. J'ai tellement oublié ce que je ressentais il y a dix années que je découvre avec une surprise totale que je vivais déjà la même injustice à l'époque. Les mêmes épreuves et coups du sort.
Ces hommes désolés de ne pas être capables de me donner l'amour que je méritais. Parce qu'ils en étaient dépourvus, cassés, brisés par la vie ou par un précédent espoir.
Moi qui romps les histoires alors que je suis clairement en train de me faire larguer.
Et puis les autres hommes, qui disparaissent du jour au lendemain alors que tout était génial.
Maintenant que je relis, leurs mots se rejoignent. Ils ont tous fuis par peur de l'intensité que j'éveillais en eux. A chaque fois, ils se sont sentis fascinés, et au lieu de profiter de la connexion, ont préféré s'en protéger. A chaque fois.
Je vis inexorablement des relations avec des hommes incapables de m'aimer.
Et les hommes pour qui la rencontre fait naître une flamme malgré eux choisissent de s'en éloigner.
La vie est une pute ou quoi ?
On est d'accord que c'est pas censé se passer comme ça à la base ?
Est ce que je suis encore à l'âge où ma trajectoire d'existence peut drastiquement changer la donne ?
Je sais pas.
C'est triste.
Et ce qui est fou dans tout ça, c'est que je peux pas m'empêcher de ressentir envers toi cet émoi de mes vingt ans. Comme si je ne m'étais jamais découragée. Comme si j'étais toujours aussi forte, candide et insouciante. Comme si la douleur se contentait de me traverser sans jamais me cueillir.
Je suis en train de tomber amoureuse toute seule, parce que tu n'es pas là pour le voir.
Au point où je suis en train de me dire qu'une journée sans toi est une journée dans ma vie de perdue. Que c'est une journée qui n'a plus de sens. Que c'est du temps et des occasions que je gaspille sur la courte durée de mon passage sur Terre, à ne pas évoluer en ta présence, à ne pas grandir avec toi, partager l'expérience et les souvenir, et les projets, et...
Et je le sais. Tu vas t'enfuir, comme les autres. Surement.
Je t'avais prévenue de l'éventualité.
Mais prévenir ne prémunit pas du résultat.
Je le sais.
Qu'est-ce que je peux y faire.
"Tu sais ce que les gens faisaient autrefois, lorsqu'ils avaient des secrets qu'ils ne voulaient pas partager? Ils gravissaient une montagne, trouvaient un arbre, y taillaient un trou, et y murmuraient leur secret. Ils le couvraient ensuite de boue. De cette façon, personne d'autre ne le découvrait jamais." 2046, Wong Kar Wai
lundi 3 février 2025
Déjà-vu
jeudi 2 janvier 2025
Famine
Je me souviens, ta voix m'a parlé tout de suite.
Ton timbre, je ne pouvais pas ne pas te faire la remarque. Tu sonnes particulier. C'était intriguant. Tu vois, je n'ai peut-être pas les images en mon cerveau mais je me fais des orgies du ton que tu emploies, ta manière de poser les syllabes, la douceur du chant que tu projettes. Au son de ta voix, j'ai eu envie de te connaitre. Alors quand tu m'écris :
"Je te jure, parfois je relis les textes que tu as modifiés et je reconnais tes tournures de phrase. Et du coup je les lis avec ta voix. Puis je me dis que je suis complètement fou, donc je vérifie le document initial, et à chaque fois, le passage vient de toi."
...je me convaincs qu'on est probablement fous ensemble.
J'ai envie de t'aimer si fort.
J'ai envie d'y mettre tout ce que je n'ai pas pu donner durant toutes ces années. C'est horrible parce que j'ai accumulé un torrent d'amour à déverser et tu vas te faire embarquer par le courant, c'est sûr. Je ne veux pas te noyer mais. En fait si, je veux te noyer. T'inonder de ce que je ressens dans le présent. Je veux te submerger de toutes ces choses que tu fais naître en moi.
Il y a de fortes chances que tu prennes peur comme les autres.
Malgré mes mises en garde.
Que ton envie de tout envoyer valser pour moi te fasse flipper encore, malgré mes tentatives de te faire comprendre qu'on n'a rien besoin de détruire pour être heureux ensemble.
Bien sûr que j'ai envie de t'aimer partout et en toutes circonstances.
Mais je saurai me contenter de t'aimer juste. Dans la place qu'il me reste. Dans celle que tu me feras. Si tu es capable de rester honnête. Si tu te sens la force de m'assumer. Je veux simplement, la possibilité d'exister dans ta vie, parce que tu as déjà laissé ton empreinte dans la mienne.
Je ne t'oublierai pas, comme je n'ai jamais oublié les hommes qui m'ont marquée de cette teinte là.
Ils hantent encore mes rêves, bien qu'ayant décampé sans crier gare. C'étaient des lâches des sentiments, mais je n'arrive pas à vraiment leur en vouloir. Et c'est ce qui me perdra surement.
Je te l'avoue, je n'ai pas l'intime conviction qu'ici il en sera autrement. Je ne crois plus en un destin favorable à l'amour. Mais tant pis. Je crève de le vivre.
Je me contenterai des restes le temps qu'il faudra.