Juste, je voulais pas aller dormir sans garder ça quelque part en mémoire.
J'ai mis du temps à redescendre.
La douceur de ta voix. Cette douceur là qui prononce ces mots là.
- "Quand je suis avec toi, il n'y a pas un seul instant où je n'ai pas envie de te toucher."
Comme tu t'ouvres.
- "Et comment on ferait en réunion pour qu'ils ne s'aperçoivent pas que j'ai besoin constamment de poser les yeux sur toi ?"
La phrase n'est peut-être pas exacte mais le contenu y est. Observer tes yeux pétiller quand je te raconte ce qu'il se passe tout au fond. Je le vois que tu te retiens de sourire. J'ai la même expression quand je me sens particulièrement connectée et en phase, et ce sourire, ça en est un de surprise. Tu me le diras ensuite, que cette partie là de mon récit t'as profondément touché.
Je me souviens de nos mains quand tu comptais jusqu'à trois parce que je te demandais trois secondes pour assembler le fil de mes pensées. Je masquais ta main avec la mienne pour ne pas me déconcentrer mais, quand le trois s'est délié avec les doigts, ta main s'est ouverte, et il n'y avait plus que ma main au dessus de la tienne, et la furieuse envie de l'enlacer. Je crois que tu l'as senti aussi. Je crois finalement, que rester juste en face, ou à côté, est un sujet. Que c'est un effort, une intention consciente. Parce qu'instinctivement, tu as peut-être raison, c'est une lutte contre ces secondes perdues loin de toi.
Tu m'avais prévenu de l'éventualité, mais on s'est aussi vraiment serré dans les bras pour la première fois. Les traces de ta paume contre ma colonne sont restées chaudes longtemps après ton passage. J'ai l'impression que tu es fou de moi. Depuis si longtemps, j'ai l'impression que tu m'aimes comme je pourrais t'aimer. Je t'en sens capable, mais tout est encore prématuré.
Tu as raison sur ce point aussi, on n'aurait pas eu de contrainte, on aurait probablement passé radicalement tous nos jours ensemble. Et le fait de savoir que sur ce point, tu es aussi fou que moi, est une information qui m'apaise.
Toi, tu as dit que cette conversation t'avais fait énormément de bien. Je suis contente, au moins, que tu ne regrettes pas cet effort là.
Moi, je t'ai dit que ça me faisait bizarre. Parce qu'alors, c'était une déchirure de te voir partir.
J'ai réclamé "encore" sur le pallier de la porte avant de t'enlacer à nouveau de toutes mes forces. J'ai pensé m'enivrer de l'odeur de ta nuque mais je n'ai pas voulu te manquer de respect. On s'est ensuite échappés de nos bras mutuels mais nos visages étaient si proches, alors tu as posé un baiser sur mon front avant de prendre la direction des escaliers. Tu ne voulais pas partir, je ne voulais pas que tu partes. Ces escaliers étaient un terrain de déception et d'ennui qu'il fallait se forcer à emprunter pour ne pas rester en marge, mais même après avoir fermé ma porte derrière toi, il m'a semblé une éternité avant que tu ne te décides à véritablement les descendre, et tout ce temps, à me retenir de te rappeler, de te sauter dans les bras, de m'abandonner totalement à cet élan qui hurle que je ne suis bien qu'avec toi, c'est faux, c'est faux en plus je le sais, mais tes départs, à chaque fois.
Tes départs me creusent le bide.
"Tu sais ce que les gens faisaient autrefois, lorsqu'ils avaient des secrets qu'ils ne voulaient pas partager? Ils gravissaient une montagne, trouvaient un arbre, y taillaient un trou, et y murmuraient leur secret. Ils le couvraient ensuite de boue. De cette façon, personne d'autre ne le découvrait jamais." 2046, Wong Kar Wai
mardi 17 décembre 2024
Charte en ébauche
lundi 2 décembre 2024
Mon sang de mes veines
Tu m'appelles "mon sang".
C'est marrant comme le "mon" se transforme en "le" dans les conversations publiques.
Toi et ta manie de mettre de la tendresse dans les vannes les plus pouilleuses.
Je te ressens si fort.
Ces derniers temps, mon cœur est constamment serré.
J'ai besoin le soir de rentrer seule chez moi parce que ma phase d'endormissement t'appartient. Parce que j'ai besoin de cette heure là d'intimité pour exorciser mes élans. "Mon sang". On dirait un mot doux entre tes doigts. Tu peux pas savoir à quelle point être tienne à un endroit du vocabulaire me rend mièvre et duveteuse. Tes rappels me font fondre, tes attentions aux détails. Je sais que tu te couches avec moi.
Tu m'inondes de petits "hello" dans chaque recoin du quotidien. Pour dire que t'es là. Indirectement, pour ne pas que je t'oublie.
Mais t'es tout le temps là.
Tu ne sais pas comme ça se matérialise physiquement en moi. Ta présence a une masse.
Et je n'imagine même pas dealer avec ton absence.
Est ce que je suis en train de me faire mal ?
T'as mis des chansons dans mon cœur.
Mais.
C'est quoi la suite ?
Est-ce que tu te sens comme moi ?
Toi aussi, tu vas finir par exploser de tout ce que tu retiens ?
jeudi 28 novembre 2024
Un semblable
Qu'est-ce qu'il se passe en moi ?
Je me sens sotte. Cette impression étrange de ne pas arriver à rassembler mon esprit dans ce genre de situations, répétées, perpétuelles, qui forment une boucle intemporelle sur mon chemin de vie, inlassablement. Je ne comprends même pas. Je suis pourtant bien là, je n'ai certes pas le beurre et l'argent du beurre et certes, on ne peut pas tout obtenir, et je trouve ça déjà largement suffisant, mais alors ?
Pourquoi je reprends ces mêmes schémas ? Pourquoi je revis les histoires ? Mon esprit m'échappe et je me retrouve à nouveau en mon cerveau durant des heures, immobile, à penser à toi.
A penser à un toi éthéré, au visage flou mais au timbre de voix inoubliable. Je nous imagine nous toucher, et mon mental se met sur pause lors d'un temps impalpable. Et je me réveille, de mes échappées belles en pleine journée, en me demandant où j'avais pu bien être, tout ce temps déconnectée de la vie, pour entrer dans la tienne. On ne s'est vus que deux fois, les deux fois, je me suis dit, physiquement rien ne passe, rien n'est inspirant, tu es à mes yeux un mystère d'insignifiance et pourtant, quand tu t'en vas, mon corps se met en pause et ma tête instantanément divague sur tes lèvres, tes mots, ton corps...c'est incompréhensible. Tout ce que je sais c'est que quand tu es là, je ne veux pas que tu partes.
C'est toujours le même frisson je pense. Toujours le même, dirigé vers le même type de personne.
Un semblable.
Quelqu'un qui pourrait me comprendre sans faire d'effort, parce qu'il est comme moi.
Je n'ai jamais cessé de rechercher l'espèce à laquelle j'appartiens.
Je crois qu'on se repère.
Souvent, qu'on se fonce l'un sur l'autre.
Et ça ne dure jamais. Et c'est ce qui est frustrant, ces gens là finissent toujours par disparaitre comme ils sont arrivés. Sur un malentendu ou un coup du sort, par miracle ou par mégarde, qu'importe, c'est d'un coup brut.
Et ça me dévaste.
Il est 03h30, mes yeux se ferment tout seul. Mais je voudrais te dire, Anne. T'imagines que c'est de l'amour. Tu rêves d'une forme absolue d'union, où chacun se sait et se reconnait. Mais c'est juste de la fascination. Toi t'as pas spécialement d'intérêts restreints, de passions ultimes qui recouvreraient toutes les autres aspirations non, toi, t'as des fascinations pour certains profils qui se transforment en obsessions, où leurs paroles deviennent ton air, leur voix ton rythme, où il te faut leur matière comme combustible pour alimenter ta journée, même si c'est anecdotique, il faut, que tu aies un peu d'eux partout où tu vas, comme un doudou, ces gens qui ne se douteraient jamais de l'effet qu'ils te font, même si maintenant, tu ne te retiens plus vraiment de leur balancer ta curiosité morbide.
Le plus bizarre dans cette affaire, c'est qu'ils répondent quand même souvent. C'est que tu lances des invitations beaucoup trop anticipées, déplacées, mais qu'ils se démènent pour trouver des raisons de venir. Qu'ils te déballent tout de suite l'objet de leurs secrets les plus intimes et qu'ils laissent filer le temps à nos guises malgré les programmes et les rendez-vous. Et quand soudain, bien que ça ne fasse que quelques heures qu'ils t'aient dit au revoir, leur absence devient insoutenable, tu reçois des messages qui te disent merci. Tu es la dernière chose qu'ils voulaient exprimer avant de s'effondrer de sommeil et là encore, ils reprennent quelques heures sur Morphée pour s'ouvrir davantage et s'endormir en pleine conversation dans tes bras métaphorique à toi, finalement.
Alors, ce n'est peut-être pas de l'amour. C'est l'euphorie de la découverte. L'impatience du partage. Mais c'est quand même rassurant de sentir son coeur se mouvoir de la sorte.
dimanche 10 novembre 2024
La vertu a un goût amer
Je ne sais pas comment expliquer tout ce chemin que j'arpente pour construire pierre après pierre les fondations de mes jours heureux. Chaque matin, à me demander si je fais les bonnes choses, ou du moins, si je fais les choses pour les bonnes raisons. Est-ce que mon contact avec la vie est sain ? Mes échanges avec les autres les rendent-ils globalement plus lourds ou plus légers ? Avec soin, je prends du temps à intégrer des réflexes émotionnels justes, qui n'éclaboussent personne de mon égocentrisme. J'apprends à communiquer sur ce qui est important, à reconnaitre mes faiblesses, à aimer mes qualités. A demander pardon. J'apprends à regarder. A trouver beau les gens. A leur exprimer. A veiller sur eux. Et en prenant de l'âge, à devenir un refuge.
Je n'accueille plus toute la misère du monde, parce que c'est plus que ce que je peux encaisser. Je crois que l'altruisme dans son concept absolu est une forme de suicide personnel. Et qu'il ne donne à manger qu'aux parasites, avant de laisser les restes aux vautours. Je pense fondamentalement qu'une relation qui fonctionne est une relation d'intérêts mutuels compatibles. C'est à dire, ce que je recherche chez l'autre, l'autre peut et veut me l'apporter, et vice-versa. Simple, basique. Il y a des milliers de manières de formuler un intérêt pour autrui, par exemple : l'envie de rire, qu'on ramène du positif, de la magie dans un quotidien, de la sécurité matérielle ou émotionnelle, une famille, un projet commun, un sens, quelqu'un à rendre heureux, quelqu'un à qui se confier, etc.
Et après m'être épurée des relations toxiques, avoir fait des efforts pour me donner moi-même ce dont j'avais réellement besoin...j'avais enfin plus de temps, d'énergie et de volonté à accorder à ceux qui avaient été généreux envers moi. Aux candides.
Je me suis rapprochée de ceux qui prenaient soin des autres.
Ca me donne toujours envie de rendre la pareille à ces personnes qui se donnent sans compter. Juste pour le plaisir de voir leur entourage sourire. Je crois que j'ai besoin d'être la justicière des bienfaiteurs de l'ombre. Mais c'est aussi parce que j'ai peur que leur pureté les annihile.
J'ai rencontré quelqu'un comme ça.
Qui s'oublie. Mais qui fait des efforts pour se retrouver. A mes yeux, il reluit. Il reluit de toute la sueur qu'il perd à essayer. Etre témoin de sa croissance c'est comme être aux premières loges d'un événement unique, c'est un privilège. Il craint toujours de ne pas m'apporter assez mais personne ne m'a jamais apporté autant. C'est bizarre mais, il me donne l'impression d'être réellement utile à quelqu'un. Comme si moi, le long de mon existence, il l'avait remarqué. Comme si, il voyait que j'étais là. Comme s'il me voyait.
C'est souvent les personnes qui ont l'impression de faire le b.a.-ba qui en fait défoncent tous les scores. Leurs valeurs sont tellement hautes, ils sont si consciencieux et responsables qu'ils ne se rendent pas compte à quel point ils sont 2% de la population à accorder autant d'attention aux choses.
Mais malgré tout ce que l'on s'apporte. Malgré le fait qu'on est de vrais partenaires. Qu'on se laissera pas tomber. Et c'est important, à nos âges, de savoir qu'on se laissera pas tomber parce que la chute est plus probable mais, malgré le fait que je me projette si simplement dans ton avenir et qu'avec toi, j'ai pas d'efforts à faire pour que ça marche tu vois, ce soir, je regardais sur YouTube un épisode de podcast où il y avait ce gars qui parlait de son histoire d'amour. Il expliquait qu'il l'avait attendue des années. Qu'il s'était déclaré au début de leur rencontre et qu'elle l'avait recalé à l'époque. Mais qu'ils étaient restés amis. Qu'il y avait une sorte d'alchimie qui les rapprochait inévitablement quand lui et elle étaient dans la même pièce et qu'un jour, plusieurs années après, elle lui avait laissé un message sur son téléphone : "va dans ta voiture". Sur son GPS, une adresse entrée, qui l'amenait à son restaurant préféré, où elle se tenait avec sa rose tout en lui confessant "je suis désolée que ça ait pris si longtemps". C'était une autre histoire aussi où il disait avoir une nuit écrit 16 pages recto verso à cette fille pour lister les raisons pour lesquelles ils devraient être ensemble et c'est pas si rare, j'ai bien un ami qui a fait tout un PowerPoint à son date pour expliquer pourquoi ce serait génial qu'ils soient en couple et ils le sont aujourd'hui et c'est con mais, à voir les gens sentimentaux et romantiques, j'ai les larmes qui me sont montées.
Vivre l'amour de cette façon me manque.
Je sens un vide dans ma vie. Qui me rend profondément terne. J'ai l'impression de vivre continuellement avec des bouchons enfoncés dans mes oreilles, où tout est atténué, où rien ne sonne vraiment, où les mélodies sont trop lointaines, impalpables. Je ressens cet acouphène intérieur, un bip qui couvre la beauté de la musique, une note invariable qui fausse les harmonies. Parce que ça sonne faux. Parce que c'est pas juste ! C'est pas normal de vivre sans romantisme. Moi aussi j'y ai droit. J'y ai droit, merde !
J'y ai droit.
Quand je repense à mes premières amours, mes souvenirs sont emplis de passion, de beauté des gestes, de fantaisies romanesques, de preuves... De preuves que l'amour était là et était vécu. L'effusion des sentiments. Je comprends pas. Je comprends pas pourquoi tout s'est arrêté il y a environ 10 ans. Je comprends pas comment les gens se sont dit que c'était quelque chose dont ils pouvaient se passer. Que la souffrance engendrée ne valait pas le bonheur procuré. Qu'ils n'aient pas envie de redonner des chances à la romance. Que ça leur paraît plus tranquille comme ça. Eux et leurs petites satisfactions.
Moi je me flétris de l'intérieur. J'essaie de m'adapter à mon époque, aux contextes. Je les connais aussi et je les affectionne les petites satisfactions. Mais j'ai une méga flamme. J'ai toujours eu une méga flamme dont la chaleur était gaspillée, j'ai une putain d'ardeur de vivre, de ressentir, d'aimer qui sert à rien dans ce monde de frileux aux cœurs meurtris qui ont peur de se lancer. Ca me désespère. Je crève de vivre l'amour encore une fois. Qu'on me laisse la chance d'être aimée par quelqu'un qui m'inspire. Ca peut pas s'arrêter comme ça juste parce qu'on est devenus matures. J'y crois pas. Moi je suis prête hein. Ca fait 10 ans que je suis prête. C'est long.
C'est quand qu'on appelle mon nom.